15.10.2009

Khamenei est-il (encore) mort ?

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Miniature de l'image pour Grand_Ayatollah_Ali_Khamenei,.jpgDepuis hier, la toile iranienne s'agite. Cette fois-ci, ce n'est pas de manifestations dont il est question. Mais de la mort - démentie, aujourd'hui, par l'Ambassadeur d'Iran en Arménie - d'Ali Khamenei, le personnage le plus important du régime iranien.

A l'origine de cette rumeur, rapidement alimentée par les blogs et twitter : un article du néo-conservateur américain, Michael Ledeen, et publié dans Pajamas Media. Intitulé « Khamenei serait dans le coma », il s'appuierait sur une « source » iranienne.

Selon plusieurs sites de l'opposition en exil, le guide suprême aurait perdu conscience et aurait été immédiatement hospitalisé le 12 octobre vers 14h, heure de Téhéran. Seul son fils et ses médecins, disent-ils, aurait été autorisés à lui rendre visite à l'hôpital. Ces informations ne sont, bien évidemment, pas vérifiables.

Rappelons, cependant, que ce n'est pas la première fois que la blogosphère cherche à enterrer Khamenei avant l'heure.

Rappelons également que le même Michael Ledeen avait déjà « annoncé » la mort du guide suprême en janvier 2007. Ali Khamenei, ce n'est un secret pour personne, souffre d'un cancer de la prostate depuis des années.

Mais contrairement aux informations diffusées, par exemple, sur le site « Anti-mullah », les bâtiments ne sont pas tous drapés de noir en guise de deuil. Attention aux « on dit », prévient le journal britanique The Guardian. En Iran, rappelle un de ses journalistes, les rumeurs sont légion.

11.10.2009

François Nicoullaud: "l'Iran ne peut s'en sortir qu'en négociant avec le monde extérieur"

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nicoullaud.jpgAncien ambassadeur de France à Téhéran (2001-2005), François Nicoullaud connaît bien la république islamique d'Iran. Il a donné mi-septembre à Paris une conférence devant un cénacle d'hommes d'affaires et de responsables sur le thème: Où nous mène l'Iran? Une intéressante contribution au débat actuel sur l'Iran.

"On ne peut pas comprendre la révolution iranienne, si on n'accepte pas le fait qu'elle est une vraie révolution avec ses crises, ses moments paroxystiques, sa dynamique. Elle a même eu sa prise de la Bastille, ou sa prise du palais d'Hiver, avec l'occupation de l'ambassade américaine!

Khomeini ne croyait pas à la démocratie. Sous la pression des parents des gens que l'on a vu manifester récemment dans la rue, il a dû s'y résoudre et même donner le droit de vote aux femmes. D'où cette république islamique où la légitimité vient à la fois d'en bas, du peuple, et d'en haut, de Dieu.

Il y a un équilibre instable entre les deux principes République et Islam, ou encore entre démocratie et théocratie. Les élections réservent quand même des surprises : Khatami, Ahmadinejad n'étaient pas programmés pour accéder à la présidence. On n'est donc pas dans un système totalitaire. D'autant que l'Islam comme religion réglant l'ensemble des problèmes de l'homme et de la société, offre un système de références constamment interrogé qui surplombe le régime, et qui peut être mobilisé pour lui ou contre lui. Voir en ce moment les prises de position des Grands Ayatollahs de Qom.

Et puis, il y le vieux fond de despotisme asiatique, qui n'a pas disparu. Il s'incarne dans ce noyau dur central, peu visible, la plupart du temps "derrière le rideau" comme disent les Iraniens, et qui tient l'essentiel du pouvoir. Le gouvernement, le parlement, l'administration, l'ensemble du processus démocratique sont à la périphérie du système, ils forment simplement l'enveloppe visible, extérieure du régime.

Mais ce noyau central, si l'on zoome dessus, apparaît lui-même parcouru de nombreuses factions et fractures. Or dans chaque ensemble, les décisions se prennent si possible par consensus, ce qui veut dire qu'elles sont longues à prendre, et ensuite difficiles à défaire.

En ce moment, les forces à l'oeuvre dans le régime et dans la société se présentent en un tableau à plusieurs entrées.

 

I) Les clivages générationnels : Ils sont importants puisque la Révolution a déjà parcouru un cycle de trente ans.

• Les anciens, au sommet du pouvoir, étaient déjà des hommes mûrs en 1979, ils ont piloté la révolution et en ont bien profité. Ils ont pour la plupart reçu une éducation religieuse traditionnelle, ils ont une faible culture de type moderne, notamment économique. Khamenei, par exemple, est très peu sorti d'Iran.
• La génération intermédiaire, celle des vétérans ou anciens combattants celle des troupes de la révolution, parti au front dans la guerre Irak-Iran, qui arrive aux responsabilités. Certains ont été formés en Amérique, d'autres ont eu des bourses de vétéran. Ils ont souvent eu une éducation universitaire mais souvent interrompue ou cahotique. Ce sont des gens qui n'ont pas froid aux yeux, c'est la "génération du feu".
• Troisième génération, celle des jeunes mieux éduqués, tirée par le monde étudiant et par internet, avec une forte proportion de femmes de niveau universitaire. Ils ont formé les troupes de Moussavi.

II) Les clivages politiques qui recoupent partiellement les précédents :

• Les théocrates: Parmi eux des conservateurs de type classique, élitistes, parfois issus de grandes familles religieuses, ou en tous cas de la bonne bourgeoisie, religieuse ou du bazar, qui se sont installés dans la Révolution, et voient beaucoup d'avantages, notamment économiques, à la survie du système. Mais aussi les ultras, plus plébéiens, souvent attirés par une ferveur populaire islamique, la croyance au retour proche du 12ème Imam. Ils sont révulsés par le retour de la corruption, alors que la lutte contre la corruption du Shah avait été un des moteurs de la Révolution. Ils sont vertueux et sectaires. Ils n'ont que de faibles sympathies pour les premiers et vice-versa.

• Les démocrates: Il y a les réformateurs qui appartiennent au régime, lui sont loyaux, veulent le faire évoluer en utilisant les leviers que leur offrent la loi, la constitution, les attentes de la société. Il y a les radicaux qui ne croient plus au régime et veulent en sortir le plus vite possible. La période récente a évidemment vu une migration du premier groupe au second. Et il ne faut pas oublier les indifférents, leur masse a fondu dans les derniers évènements, mais elle demeure importante.

III) A ce jour, le coeur du régime a gagné mais est divisé, inquiet et incertain de la direction à prendre. Il a gagné grâce au trucage des élections, auquel tous les conservateurs n'ont pas participé, mais au résultat duquel ils ont dû se rallier. Ahmadinejad était probablement en tête au premier tour mais sans atteindre la barre des 50%, et le noyau dur du régime n'a pas voulu prendre le risque d'un deuxième tour où tous les autres candidats malheureux se seraient ligués derrière son concurrent. Les conservateurs occupent le terrain mais ils sont divisés et affaiblis. Le Guide est affaibli. Il a pratiqué une politique hésitante, entre volonté de raccommoder et volonté de s'imposer. Il a soutenu Ahmadinejad, mais s'en méfie. Il ne peut adhérer à son discours de rupture. Le président de la République est affaibli. Il a peu de partisans, et de faible niveau, il a découragé beaucoup de monde par sa religiosité exaltée et son côté imprévisible, ses accrochages avec le Guide. Le Parlement ne le soutient qu'à la demande du Guide, pour ne pas créer une crise de régime. Les Pasdaran, armée d'élite et protection du régime, sont renforcés, mais ils apparaissent désormais comme partisans, comme les défenseurs non de la République islamique dans son ensemble, mais de l'une de ses factions.

Va-t-on vers une dictature de type militaire ? Pas encore. La ligne rouge, ce serait l'arrestation des meneurs réformateurs, Moussavi, Karroubi, Khatami. Pour le moment, elle n'a pas été franchie, malgré les tentations, et les appels des ultras à le faire. Mais la culture du consensus est ébranlée par les morts, par les emprisonnements, par la torture et les viols dans les prisons, par les procès iniques. Les gens ont l'impression de revivre les pires moments de la Révolution. C'est le cauchemar qu'ils voulaient éviter en acceptant beaucoup de choses de la République islamique. Ils sont maintenant moins résignés.

Dans l'immédiat, le régime doit affronter des échéances délicates : la rentrée des universités, et donc la concentration d'une population turbulente, maltraitée par le régime. Les verdicts des procès en cours. Sauf si ce sont des verdicts d'apaisement, ils nourriront des ressentiments durables. Le régime doit se refaire d'urgence une santé. Il ne peut plus la restaurer à partir de l'intérieur, car il a créé un champ de ruines politique. Il ne peut pas l'obtenir par l'économie, qui va mal en raison des sanctions, en encore plus en raison de l'incompétence et de la politique populiste du gouvernement. Il ne lui reste que l'international.

Or, celui qui renouera avec les Américains est assuré d'une popularité durable. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle chacun, à l'intérieur du régime, a veillé jusqu'à présent à ce qu'un concurrent politique ne puisse réaliser cet exploit. Pour y parvenir, il y a trois leviers : Israël, l'environnement immédiat : Irak, Afghanistan, et puis le nucléaire.

Le soutien aux Palestiniens, au Hezbollah, à tous les ennemis d'Israël est un élément essentiel de l'identité de la République islamique. C'est ce qui lui permet de se positionner en avant-garde du monde arabo-islamique et même de tous les opprimés du monde. D'où sa ligne "plus Palestinien que moi tu meurs". Il ne cédera pas sur le soutien au Hezbollah ou au Hamas, mais il peut, en donnant à ses assurances un ton plus solennel, répéter au moins deux choses qu'il a déjà dites à plusieurs reprises dans le passé : d'une part, il ne s'opposera pas à ce sur quoi les Palestiniens seraient d'accord, d'autre part c'est le régime sioniste qu'il juge illégitime, et non la présence de Juifs sur le territoire de la Palestine. C'est le régime sioniste qu'il veut rayer de la carte, comme autrefois Reagan voulait faire disparaître le communisme, par des gens en chair et en os.

Sur l'environnement immédiat, Irak d'un côté, Afghanistan de l'autre, l'Iran, comme pays, ne renoncera pas à une politique d'influence qu'il considère naturelle et portée par la géographie. Mais il peut s'engager, comme il l'a déjà fait à certains moments, à ne pas compliquer la vie des Américains et à leur faciliter une sortie honorable.

Sur le programme nucléaire : c'est devenu un élément essentiel de l'identité de l'Iran comme Etat accédant à la modernité. L'Iran ne renoncera donc pas à son programme. Il ne renoncera pas à la maîtrise de la technologie de l'enrichissement, qui est au coeur de la crise. Mais il peut donner de nouvelles garanties concrètes que ce programme ne sera pas utilisé pour fabriquer une bombe : plafonnement des taux d'enrichissement, contrôles supplémentaires de l'AIEA. Ainsi toute tentative d'excursion vers le nucléaire militaire serait aussitôt repérée, et suffisamment à l'avance, de l'ordre de plusieurs années, pour permettre à la communauté internationale de réagir. Pour l'Occident, le danger de voir l'Iran accéder à la bombe ne disparaîtrait donc pas, mais serait continûment maintenu dans un futur suffisamment éloigné.

Une course de vitesse s'engage entre un régime à recherche d'une autorité et d'une légitimité restaurées et la société iranienne. Sauf révision de la Constitution, Ahmadinejad n'est là que pour quatre ans. Et il devra affronter tout au long de son mandat cette société moderne blessée, frustrée, qui a perdu tout espoir de voir les gens en place jouer à peu près correctement le jeu démocratique. Cette société a déjà exercé une première poussée avec Khatami, elle vient d'en exercer une deuxième avec Moussavi, reste à voir quand et sous quelle forme viendra la troisième.

02.10.2009

Nucléaire iranien: les dessous d'"une journée constructive" à Genève

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iran solana jalili.jpgEspoirs. La rencontre de Genève n’a pas réglé le problème nucléaire iranien. Mais elle a permis d’avancer enfin sur la voie de négociations sérieuses entre les Occidentaux, emmenés par les Américains, et le régime de Téhéran, qui marque pour la première fois son désir de discuter de son programme nucléaire. Et non plus seulement de gagner du temps.

Après quatorze mois de rupture des pourparlers, deux avancées ont été enregistrées jeudi. Téhéran, tout d’abord, s’est engagé à autoriser l’accès très rapide (dans dix jours environ) à son nouveau site d’enrichissement d’uranium, dont l’existence n’avait été révélée que la semaine dernière. C’était une exigence forte des Occidentaux.

Ensuite – et c’est sans doute, là, la clé de cette « journée constructive », comme l’ont qualifié à la fois Américains et Iraniens – les parties se sont mises d’accord sur le principe d’un enrichissement à l’extérieur de l’Iran de l’uranium faiblement enrichi au préalable dans les centrifugeuses iraniennes.

Mais comment croire qu’en l’espace de quelques heures, alors qu’on nous prédisait généralement un échec, les deux camps aient pu autant progresser sur un litige, au cœur jusqu’à maintenant du différend entre l’Iran et l’Occident.

En fait en coulisses, Américains et Iraniens avaient déjà pris langue, ces dernières semaines. Selon nos informations, les deux parties ont eu au moins une correspondance secrète, avec des ouvertures à la clé, portant notamment sur le transfert à l’étranger de cet uranium faiblement enrichi.

En public, tout part fin août du long entretien d’une heure et demie donné par Mahmoud Ahmadinejad à l’hebdomadaire américain Newsweek. Pour la première fois, le président iranien fait part de son offre d’acheter aux Etats-Unis de l’uranium enrichi pour usage médical, et il propose des rencontres entre experts des deux bords.

Ces propositions passent généralement inaperçues dans la presse, mais pas dans les allées du pouvoir aux Etats-Unis, bien sûr ; ni même en Europe, en France et en Russie, notamment. Car « Obama, après avoir saisi la balle au bond, va mouiller ces deux pays dans les réponses qu’il compte faire aux offres iraniennes », explique un connaisseur du dossier.

Et, c’est le 12 septembre, selon nos sources, que Paris, non sans quelques réticences, aurait dit oui à sa participation au scénario dévoilé avant-hier à Genève par un responsable américain sous couvert de l’anonymat.

L’Iran transférerait l’essentiel de ses stocks d’uranium enrichi à 3,5% à la Russie, qui l’enrichirait ensuite à 19,75%, soit un niveau toujours nettement en-dessous du seuil requis pour forger une arme nucléaire (90%). Et second élément du dispositif, des techniciens français produiraient à partir de cette matière des tubes de combustible pour alimenter le réacteur de recherche dont dispose Téhéran.

Avantage de ce plan, s’il est mis en œuvre : une réduction significative des stocks iraniens d’uranium faiblement enrichi, qui sont une source d’inquiétude chez les voisins arabes de l’Iran, mais aussi en Occident.

Au final, l’Iran fait un geste en acceptant ce transfert, mais il ne renonce pas à son « droit sacré à l’enrichissement ». Si les Occidentaux, de leur côté, ont dû abandonner leur exigence de « zéro centrifugeuse », ils enregistrent une victoire en matière de lutte contre la prolifération nucléaire. Détail important, personne ne perd la face.

Cet accord n’est que ponctuel, mais il pourrait préfigurer un arrangement permanent, espèrent aujourd’hui les plus optimistes de chaque camp. Si la confiance n’est pas encore établie entre Téhéran et les Occidentaux, chacun semble avoir fait un pas vers le seul point d’équilibre possible: pour les Occidentaux, accepter le programme nucléaire iranien dans ses grandes lignes, et pour les Iraniens, accepter que ce programme soit suffisamment encadré et surveillé pour rassurer le monde et interdire tout détournement à des fins militaires.

12.09.2009

Nucléaire : que penser de l'offre iranienne ?

737dda82-09f6-11dd-ab82-a7091e12da2e[1].jpgUne réponse alambiquée qui évite la question principale - l'enrichissement de l'uranium - : voilà, en résumé, le contenu de la fameuse offre iranienne, remise mercredi aux représentants des Six puissances internationales. La lettre de 5 pages qui circule depuis vendredi matin sur Internet (cliquer ici pour en lire le contenu) propose les grandes lignes d'un « dialogue » avec l'Occident, mais s'évertue, au grand regret des interlocuteurs de Téhéran, à contourner le sujet principal qui est celui de son programme nucléaire...


Les réactions ont aussitôt été mitigées, mais très discrètes. Le jour de l'offre, aucun diplomate n'était prêt à en commenter le contenu. Ce n'est que vendredi que les premières réactions officielles commencent à transparaître. Et à évoluer d'heure en heure. Après l'avoir jugé redondante, dans un premier temps, le groupe des Six (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Chine, Russie, Allemagne) semble aujourd'hui vouloir donner sa chance à Téhéran.

« Ce n'est pas une réponse aux questions sur le nucléaire », avait, dans un premier temps, déploré Cristina Gallach, la porte-parole du diplomate en chef de l'Union Européenne, Javier Solana. « Il n'y a vraiment rien de nouveau dans le paquet lui-même », s'était, pour sa part, offusqué un responsable de la diplomatie américaine. Mais les Russes ne partageaient pas le même point de vue. Selon le chef de la diplomatie russe, « il y a matière à creuser ». Résultat : les Américains annoncent maintenant qu'ils continuent à « étudier » le document et qu'ils tiennent à poursuivre les négociations avec Téhéran.

Alors que les Grands de ce monde s'arrachent les cheveux pour trouver la meilleure façon de traiter avec la République islamique, cette nouvelle offre iranienne a rouvert le débat sur les réelles intentions de Téhéran. Voici, en vrac, quelques pistes de réflexion sur l'état d'esprit iranien :


- Le syndrome du « mal aimé » : Ce n'est pas nouveau. Les Iraniens ont un besoin intrinsèque d'être respectés, d'être reconnus par la communauté internationale. Mais ils ont, aussi, leurs raisons. Le traumatisme du Coup d'Etat anglo-américain (1953) contre l'ex-premier Ministre Mossadegh est resté dans les esprits. Ajoutez à cela l'incompréhension de voir l'Occident obsédé par le nucléaire iranien, tandis que d'autres pays en plein développement nucléaire et qui ne sont pas signataires du TNP (Pakistan, Israël...) s'en tirent avec beaucoup moins de bruit... C'est, entre les lignes, ce qui ressort de l'offre iranien. Dans le texte, un message à retenir : celui de vouloir « un cadre international empêchant la recherche, la production, la détention et la multiplication des armes nucléaires, et qui aille aussi vers la destruction des armes nucléaires actuelles ».


- « Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais » : Dans son offre, Téhéran évoque la lutte contre le terrorisme, la violence, l'importance de la justice et la promotion de la démocratie... Des mots enrobés de bonnes intentions, mais qui sont accueillis avec des pincettes par les défenseurs de la liberté d'expression, victimes de la répression post-électorale, qui se poursuit trois mois après le scrutin du 12 juin et la réélection d'Ahmadinejad...

- « La faute aux Américains » : Avec Georges W. Bush, l'alibi américain avait bon dos. Aujourd'hui, la main tendue d'Obama, et sa discrétion volontaire sur les conséquences des élections iraniennes font tomber le mythe du « Grand Satan américain »... Ors, l'anti-américanisme fait partie des piliers de la République islamique... La nouvelle politique américaine embarrasse Téhéran. Les hautes sphères du régime vont-elles devoir repenser leur approche ?

- Les mille et une ruses persanes : C'est le propre de la culture iranienne. En Iran, tout se négocie, tout se marchande... Course en taxi, demande en mariage, nucléaire... Un exercice qui commence, cependant, à irriter les interlocuteurs de Téhéran... De plus, certains craignent que l'Iran ne cache une partie de son programme, comme cela a été le cas dans le passé ... D'autant plus que dans le chiisme, la pratique de la « takkia » - l'art de la dissimulation - fait, là encore, partie des mœurs...

 

 

26.06.2009

Iran: une révolte étouffée, et après?

manif iran.jpgLa menace d’une répression « décisive » semble avoir eu raison de la révolte lancée, après les fraudes qui ont permis à Mahmoud Ahmadinejad d’être réélu président de la République islamique d’Iran, il a dix jours.

Il ne pouvait guère en être autrement. Le mouvement de fronde n’était pas organisé. Il n’avait pas de leader. Et peu de relais en province.

Même si certains slogans scandés par les manifestants, tels –Allah Akbar (Dieu est grand), rappelaient les heures pré révolutionnaires de 1978, avant la chute du Shah, on est encore loin d’une nouvelle révolution, qui aurait balayé le régime des mollahs. Peu d’Iraniens d’ailleurs souhaitent une seconde révolution, aux lendemains brutaux.

Cela étant, rien ne sera plus tout à fait comme avant. Un coin a été enfoncé. Le régime a montré au grand jour ses profondes fractures au sommet de l’Etat. En plongeant dans la mêlée pour secourir Ahmadinejad, le guide suprême l’ayatollah Ali Khameneï se retrouve fragilisé.

A court terme, le scénario le plus probable est celui d’un durcissement suivi d’une bunkérisation du pouvoir. Pour mâter les ultimes vélléités de changement, l’appareil sécuritaire – Gardiens de la révolution, bassidjs, police etc…- va poursuivre les arrestations d’agitateurs.

Le régime s’étant fissuré, ses piliers, dans le même temps, devraient décider d’une trève pour mettre entre parenthèses leurs querelles, aussi bien personnelles qu’idéologiques. On pense bien sûr à Ali Akbar Rafsandjani, l’une des personnes les plus influentes en Iran, qui aurait bien voulu profiter de la crise pour affaiblir durablement Ali Khameneï, dont il brigue la succession.

On pense également à Mir Hossein Moussavi, le candidat malheureux, qui cherchera certainement à négocier une place au gouvernement pour certains de ses partisans. Mais le camp Ahmadinelad consentira-t-il à accéder aux demandes des « vaincus ».

Ce prochain gouvernement sera investi fin juillet début aout par le Parlement. Une guérilla des députés n’est alors pas à exclure. S’ensuivra une sorte de trève imposée par l’été et le ramadan.

Mais dès la rentrée, la situation pourrait de nouveau se tendre à Téhéran. Après le discours de Barack Obama devant l’Assemblée générale des Nations unies fin septembre, le monde entrera dans un dangereux compte-à-rebours.

Déjà, Israël cherche à profiter de « l’escroquerie électorale » iranienne pour que ses alliés occidentaux renforcent leurs pressions contre le régime de Téhéran, accusé de vouloir se doter de l'arme atomique à des fins militaires. 

Peut-on imaginer un début de négociations sérieuses entre l'Iran et l’administration Obama à l’automne ? Si rien n’est jamais exclu, pareille hypothèse paraît aujourd’hui peu réaliste. Dans ces conditions, la fenêtre d’opportunité pourrait se refermer d’ici la fin de l’année, date-butoir que s’est fixée Obama pour juger du « sérieux » de Téhéran pour répondre ou non à sa main tendue.

Après les émeutes que vient de vivre Téhéran, les conséquences de frappes occidentales contre les installations nucléaires iraniennes ont changé. Certes, dans un premier temps, une bonne partie de la population, sévèrement contrôlée alors par les Gardiens de la révolution, resterait solidaire d’un pouvoir attaqué. Mais il n’est pas sûr que ce lien, même alimenté par un nationalisme de ressentiment contre "l'ennemi agresseur", tienne bien longtemps.

Les Iraniens ont vu en Moussavi une carte pour le changement. Cette carte, pour l’instant, n’a pas été payante. Mais leur colère est loin d’être apaisée. Demain, ils pourraient saisir l’opportunité d’une action militaire contre un régime, qui risque d’ici-là de s’enfoncer dans l’autisme, pour redescendre dans la rue.

17.06.2009

Iran : la Russie et la Chine soutiennent Ahmadinejad

La prudence du président américain provoque un débat aux Etats-Unis Nicolas Sarkozy dénonce " l'ampleur de la fraude " électorale





 

Fortement contesté dans la rue depuis la tenue de l'élection présidentielle du 12 juin, qui vaut à Téhéran des accusations de fraude mettant en jeu la légitimité même du régime, Mahmoud Ahmadinejad compte ses soutiens à l'extérieur comme à l'intérieur du pays.

A l'étranger, les réactions aux troubles politiques en Iran sont très contrastées. Elles reflètent un découpage que le président iranien s'était lui-même attaché à conforter ces quatre dernières années, en nouant pour l'Iran des alliances et des rapprochements économico-politiques avec des pays contestant un ordre mondial dominé par l'Occident et les valeurs qu'il professe.

Alors que, face à la montée des protestations intérieures en Iran, les pays occidentaux ont mis l'accent, ces derniers jours, à des degrés divers, sur l'idée d'une manipulation électorale d'ampleur en Iran, M. Ahmadinejad a recherché et obtenu l'appui de Moscou et de Pékin à sa réélection. Mardi 16 juin, alors que son pays continuait de traverser une secousse politique inédite depuis la révolution de 1979, le président iranien s'est rendu en Russie.

Pendant que dans son pays les manifestations et des scènes de violence se poursuivaient, Mahmoud Ahmadinejad a choisi d'assister à Ekaterinbourg, dans l'Oural, au sommet de l'Organisation de la coopération de Shanghaï (OCS), qui regroupe la Russie, la Chine, et quatre Républiques d'Asie centrale.

" L'ère des empires est terminée et elle ne reviendra pas ", a-t-il déclaré à la tribune du sommet, auquel assistaient les présidents russe et chinois, Dmitri Medvedev et Hu Jintao. Les chefs d'Etat de l'OCS ont adressé leurs félicitations au président iranien pour sa réélection, a annoncé mardi une porte-parole du Kremlin.

La Russie avait auparavant, par la voie de son ministère des affaires étrangères, commenté que " l'élection iranienne est une affaire intérieure ", et qu'elle se " félicitait d'accueillir le président iranien sur le sol russe " pour " son premier déplacement à l'étranger " depuis le scrutin.

En Occident, les réactions aux événements en Iran semblaient osciller entre l'espoir d'une chamboulement politique historique dans ce pays qui est au coeur des tensions au Moyen-Orient notamment en raison de son programme nucléaire, et le souci de ne pas saborder, en invoquant trop ouvertement la notion de " changement de régime ", la suite des ouvertures diplomatiques faites à Téhéran ces derniers mois, précisément pour tenter de remédier au contentieux nucléaire.

C'est ainsi que le président américain, Barack Obama, a soigneusement dosé ses propos, critiquant la tournure de la répression en Iran mais évitant de contester ouvertement la légitimité d'un dirigeant iranien avec lequel son administration pourrait avoir à mener de délicats pourparlers, secrets ou ouverts, dans les mois qui viennent. La Maison Blanche avait laissé, auparavant, le vice-président américain, Joseph Biden, prononcer des paroles beaucoup plus dures sur la nature du régime à Téhéran.

En Europe, les commentaires les plus cinglants contre le président iranien sont venus de Nicolas Sarkozy. En déplacement au Gabon, le président français a semblé définitivement couper les ponts avec M. Ahmadinejad, dont les propos sur la Shoah et la raideur sur le dossier nucléaire sont au coeur d'une relation bilatérale avec la France sensiblement dégradée. " L'ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction " des autorités iraniennes, a déclaré M. Sarkozy. " Ces élections sont une nouvelle exécrable, a-t-il poursuivi, le peuple iranien mérite autre chose ".

Le président français a ouvertement fait allusion à une possible transformation politique en Iran. " C'est un drame mais ce n'est pas que négatif d'avoir un vrai mouvement d'opinion qui essaye de se décadenasser ", a-t-il dit. La France a été en pointe, depuis 2007, pour plaider en Europe en faveur d'une politique de sanctions internationales accrues contre l'Iran.

A Paris comme dans d'autres capitales occidentales, le constat a été fait, ces derniers mois, que la nouvelle volonté de dialogue manifestée par les Etats-Unis rencontrait pour l'heure peu d'échos au sein du régime iranien. Celui-ci, constatait récemment un diplomate européen, " se sent en position de force au Moyen-Orient et juge qu'il n'a rien à céder ".

La reconduction définitive de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l'Etat semble fermer la porte à ceux qui envisageaient, au lendemain d'une éventuelle victoire de son concurrent principal, Mir Hossein Moussavi, de se rendre à Téhéran pour tenter une ouverture diplomatique majeure.

C'était du moins, notamment, l'espoir du gouvernement italien. Rome s'est ainsi limité à critiquer, mardi, les " violences inacceptables " en Iran, sans faire référence aux soupçons de fraude électorale.

Le souci de préserver la possibilité d'un échange avec l'Iran même en cas de victoire avérée de M. Ahmadinejad s'est clairement manifesté, mardi, du côté britannique. Une inflexion notable, dans la mesure où le Royaume-Uni, avec la France, se positionne généralement sur une ligne " dure " à propos du dossier nucléaire. Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a ainsi souligné que " les élections sont du ressort du peuple iranien ". Il a semblé appeler les partenaires occidentaux à une certaine retenue dans leurs prises de positions.

" Le président Obama a choisi ses mots avec beaucoup de prudence ", a remarqué M. Brown. Dans un commentaire qui semblait faire référence aux soutiens trouvés par M. Ahmadinejad en Russie mardi, il a ajouté : " Ce n'est pas une compétition entre un pro-Occident et un anti-Occident en Iran, c'est une compétition pour refléter la volonté du peuple iranien. "

Natalie Nougayrède

© Le Monde

«Ahmadinejad est un soldat, il sera sacrifié s'il le faut»

INTERVIEW

Quatre jours de manifestations, un pays qui semble se couper en deux, les manifestations continuent aujourd'hui en Iran. Mais pour Bernard Hourcade, une fracture entre Téhéran et la province semble se dessiner.

Réagir

Recueilli par SYLVAIN MOUILLARD

Des partisans de Mahmoud Ahmadinejad dimanche à Téhéran.

Des partisans de Mahmoud Ahmadinejad dimanche à Téhéran. (© AFP photo AFP)

Bernard Hourcade est géographe au CNRS et spécialiste de l'Iran. Très prudent au départ sur les accusations de fraudes formulées à l'encontre de Mahmoud Ahmadinejad, il a étudié les résultats électoraux et estime aujourd'hui que la fraude est avérée. Mais les partisans de Moussavi devront obtenir le soutien de la province pour espérer un changement durable.

La situation en Iran aujourd'hui marque-t-elle un réel changement? Y a-t-il un emballement médiatique occidental ou bien assiste-t-on à un mouvement exceptionnel?

Ce qui se passe est inédit: des fils de Khomeiny manifestent contre un autre fils de Khomeiny. Le consensus de la République islamique vole en éclat. Les manifestations obligent le régime à accepter un compromis. La position du Guide Khameini est désormais celle d'un arbitre. Son rôle va être de sauver la République islamique. Karoubi et Moussavi, qui sont aussi des fondateurs du régime, vont faire en sorte de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ahmadinejad, lui, est un soldat. Il n'est pas important et sera sacrifié s'il le faut. Mais une révolution politique ne se réalise pas en trois minutes. Il faut éviter l'enthousiasme naïf depuis Paris et ne pas envoyer au casse-pipe nos amis iraniens.

La mobilisation est-elle identique dans tout le pays? Les manifestations à Téhéran, la capitale plus réformiste, ne sont-elles pas trompeuses?

Pour l'instant, le mouvement est géographiquement isolé. Il risque de le rester si les grandes villes (Tabriz, Mashhad, Ispahan) ne manifestent pas en nombre à leur tour. S'il n'y a pas les mêmes manifestations en province dans les prochains jours, Ahmadinejad pourra se targuer d'avoir le soutien de tout le pays, hormis la capitale. Téhéran n'est pas l'Iran. Même s'il y a eu un énorme changement social en Iran ces dernières années, le passage du culturel au politique n'est pas encore automatique, notamment en province.

Pourtant, il y a eu des manifestations en province...

Oui, mais ce ne sont que quelques milliers de personnes. Cela a déjà existé au cours des trente dernières années. Il faut des centaines de milliers de personnes dans les rues, sinon on se fait tabasser. Ahmadinejad, de son côté, conserve une base sociale importante. Il a choyé les prolétaires (25% de la population vit sous le seuil de pauvreté) au cours de son mandat. L'inflation touche surtout la bourgeoisie, ceux qui ont les moyens de se payer des voitures et de l'essence.

Comment la situation peut-elle évoluer? Le Guide Ali Khamenei a proposer de recompter les voix. Cela peut-il calmer les manifestants?

Le recomptage, c'est une façon de dire que l'Iran est une démocratie qui fonctionne bien et de montrer que la plainte de Moussavi a bien été reçue. Trois scénarii se dégagent désormais:

  • - Ahmadinejad ne veut rien entendre. L'Iran se bunkerise et se radicalise, la répression contre les Téhéranais s'accentue.

  • - Moussavi est déclaré vainqueur. Logiquement, les partisans d'Ahmadinejad ne sont pas contents et on se dirige aussi vers un clash.

  • - Le Guide demande de sauver la République islamique. Un cabinet d'union nationale pourrait alors se créer.

Vous avez analysé en détail les résultats électoraux du scrutin présidentiel. Dans quelle mesure y a-t-il eu une fraude?

On a toujours surestimé la capacité de révolution en Iran. Je me méfie d'ailleurs énormément du wishful thinking. Au départ, les résultats donnés par Ahmadinejad étaient «crédibles». Mais désormais, on constate qu'une fraude lourde a été organisée et planifiée. Le dépouillement, semble-t-il, s'est déroulé normalement. Il n'y a pas eu de bourrage d'urnes. C'est au bureau centralisateur de Téhéran que cela s'est mal passé, dans la nuit de vendredi à samedi.

Comment les résultats ont-ils été truqués?

Des gens proches du pouvoir sont venus remplacer les fonctionnaires chargés de centraliser les résultats. Ils se sont basés sur la géographie électorale de l'élection présidentielle de 2005, en laissant à Moussavi des zones gagnantes, pour que la carte des résultats soit crédible. Mais on a multiplié le précédent résultat d'Ahmadinejad par x. Il est passé de 20% lors du premier tour de 2005 à 62% cette année. Les partisans d'Ahmadinejad ont paniqué au cours des quinze derniers jours de campagne quand ils ont vu la montée de Moussavi. En quelque sorte, ils ont trop bien réussi leur fraude.

16.06.2009

Le who's who du pouvoir iranien

Créé le 16.06.09 à 16h24 |
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 4 mars 2009 à Teheran
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 4 mars 2009 à Teheran/Behrouz Mehri AFP/archives

LEXIQUE - Guide sûpreme, Gardiens de la Constitution... 20minutes.fr fait le point sur les principales institutions...

La République islamique d'Iran repose sur un système politique complexe comprenant des institutions élues et non élues, le pouvoir étant globalement détenu par le Guide suprême. Focus sur une société où il n’existe aucune séparation entre la sphère religieuse et politique.

Le Guide suprême: actuellement l'ayatollah Ali Khamenei
En français, le «Guide de la révolution» (l’expression «Guide suprême» est utilisée en signe de respect mais ne figure pas dans la Constitution) est le plus haut responsable politique et religieux non élu en Iran. Cette fonction a été créée à la suite de la Révolution islamique en 1979. Désigné par l'Assemblée des experts (lire ci-dessous) pour une durée indéterminée, il règne potentiellement à vie.

En tant que plus haute autorité, il détermine la direction politique générale du pays et supervise le régime. Il a donc le dernier mot dans toutes les affaires de l’Etat. Il est le chef des armées, c'est donc à lui que revient la responsabilité de déclarer la guerre ou la paix. Il nomme, révoque ou accepte: le chef du Conseil des gardiens de la Constitution, le directeur de la radio et de la télévision de la République islamique d'Iran, ou encore les commandants des forces armées, les commandants en chef du corps des Gardiens de la révolution islamique. Il a également le pouvoir de démettre le président de ses fonctions si la Cour suprême le reconnaît coupable de violation de la Constitution. Il contrôle tout le pouvoir judiciaire puisqu’il nomme le Procureur général ainsi que le chef de la Cour Suprême.

Le président de la République islamique: officiellement, Mahmoud Ahmadinejad
Il est élu au suffrage universel pour un mandat de quatre ans. Il doit être de sexe masculin et musulman. Même si la globalité du pouvoir est détenue par le Guide la révolution, le président est à la tête du gouvernement. Certes, il ne contrôle ni le pouvoir judiciaire ni les forces armées mais il nomme et supervise le Conseil des ministres et coordonne les décisions du gouvernement. Aux yeux du monde, il est le visage du régime même s’il n’en est pas le cerveau. De plus, en tant que plus haute autorité élue du pays, le président de la République est responsable vis-à-vis de l'opinion publique alors que le Guide suprême ne l'est pas.

Les Gardiens de la Constitution: présidé actuellement par Ahmad Jannati (favorable à Ahmadinejad)
Le Conseil des gardiens de la Constitution iranien correspond, peu ou prou, au Conseil constitutionnel français. Il est composé de 12 membres désignés pour six ans: six religieux (clercs) nommés par le Guide Suprême et six juristes (généralement aussi des clercs) élus sur proposition du pouvoir judiciaire (dépendant du Guide).

Sa principale fonction est de veiller à la compatibilité des lois avec la Constitution et l'islam. Ce dernier aspect est exclusivement assuré par les six membres religieux, l'autre étant exercé par les 12 membres collégialement. Toutes les lois votées par le Parlement doivent obtenir l'approbation du Conseil des gardiens.

Les Gardiens de la révolution (islamique)
Appelés aussi Pasdaran, ils sont une organisation paramilitaire dépendant du Guide suprême. Ils ne font pas partie de l’armée iranienne régulière. Ils sont très bien équipés avec leur propre marine, armée de l'air et forces terrestres. L'actuel président d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad, était membre des Gardiens de la Révolution pendant la guerre Iran-Irak.

L’Assemblée des experts
Elle est composée de 86 membres religieux élus pour huit ans au suffrage universel direct. Elle élit et révoque le Guide de la révolution. L'Assemblée des experts a aussi le pouvoir, théoriquement, de démettre le Guide suprême de ses fonctions, mais elle est très peu sollicitée dans ce rôle en raison du mandat à vie dont dispose le chef de l'Etat iranien.

Le Parlement
Ses 290 membres sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans. Tous ses projets de loi doivent être approuvés par le Conseil des gardiens de la Constitution avant leur adoption.

Le Conseil de discernement: présidé actuellement par l’Ayatollah Rafsanjani
C’est le plus haut organe d'arbitrage politique chargé de régler les différends entre le Parlement et le Conseil des gardiens. Il est composé de six membres religieux du Conseil des gardiens de la Constitution, des chefs des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif (président de la république). Ses réunions et comptes-rendus sont confidentiels.

Personnages politiques de la crise de l’élection iranienne

Le camp réformateur :
Le rival Mir Hossein Moussavi, 67 ans, un conservateur modéré qui a fait un retour spectaculaire après 20 ans d'absence pour représenter le mouvement réformateur morcelé.
Il a été l'un des fondateurs du Parti islamique qui a soutenu l'ayatollah Rouhollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, après le départ du Shah. Il est nommé Premier ministre en 1981, l'année ayant suivi le début de la guerre Iran-Irak.
Il bénéficie d'un véritable engouement chez de nombreux jeunes aspirant à une libéralisation de la société, notamment chez les étudiants, moteur de la vague de protestation.

Les dissidents religieux
:
- Le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri qui a appelé les jeunes à poursuivre leurs manifestations pacifiquement. Pressenti à une époque pour succéder à l'imam Khomeiny, il a ensuite subi une longue assignation à résidence à cause de ses critiques du pouvoir. Mais sa voix reste entendue.
- L'ancien président Mohammed Khatami (1997-2005) a rejoint la campagne de Moussavi. Il avait essayé d'introduire des réformes mais avait été bloqué par les conservateurs. Durant l'élection, son appel pour le changement a été entendu.
Charlotte Boitiaux (avec agence)
La Révolution islamique d'Iran

Depuis 1967, Mohammad-Réza Palavi, le Shah d’Iran, règne sur le pays. Mais son pouvoir autoritaire est contesté. Sa politique d’ouverture à l’Occident, ses relations privilégiées avec les Américains ne sont pas du goût de tous, et surtout pas des intégristes religieux. La situation politique se dégrade alors peu à peu. La propagande, menée par l'ayatollah Khomeini depuis la France où il vit en exil depuis plusieurs années, reçoit un écho de plus en plus favorable dans la société iranienne. En décembre 1978, la révolution islamique débute sur fond de manifestations anti-américaines. Des grèves paralysent le pays, la rue contraint le Shah à renoncer au pouvoir et à s'exiler le 16 janvier 1979. L'ayatollah Khomeyni rentre alors de Neauphle-le-Château, dans la banlieue parisienne, où il vivait. Accueilli triomphalement à Téhéran, il instaure une république islamique nationaliste, anticapitaliste, antisioniste et anti-impérialiste, dont la législation s'inspire de la charia (la loi islamique). Le régime impérial est alors renversé et les relations avec les Etats-Unis cessent.

14.06.2009

Situation extrêmement tendue en Iran

Les partisans du candidat réformateur Moussavi ont repris leurs manifestations ce matin dans les rues de Téhéran pour dénoncer les fraudes à l’élection de vendredi. Tandis que le régime des mollahs réagit de plus en plus durement à ces manifestations, des dizaines de milliers de supporters du président réélu Mahmoud Ahmadinejad ont défilé cet après-midi dans les rues de la capitale agitant des drapeaux iraniens et scandant le nom du président ultraradical. Grand reporter et envoyé spéciale de France Info en Iran, Grégory Phillips rentre de Téhéran. Analyse et témoignage…

G. Philipps : Tard hier soir, pendant que les dernières poubelles et les dernières barricades finissaient de brûler dans les rues du nord de Téhéran, le pouvoir a procédé à une série d’arrestations dans le camp réformateur…une centaine de personnes en tout, dont une dizaine de responsables politiques proches l’ancien président réformateur Mohamad Khatami. Ces responsables auraient été libérés ce matin, mais à la mi-journée la police annonçait parallèlement avoir arrêté 60 "organisateurs des émeutes". On ne sait pas s’il s’agit de responsables politiques ou de manifestants interpellés hier dans les cortèges. Hier on a vu en plein cœur de Téhéran beaucoup de jeunes, notamment, violemment frappés et emmenés dans des véhicules de police, sans qu’on sache où ils étaient emmenés : un jeune homme rencontré hier après-midi à Téhéran nous disait : "c’est sûr, ils les emmènent à Evin", la tristement célèbre prison de Téhéran où en général sont emprisonnés les opposants.

Précisément, qu’est ce qui motive ces gens à descendre dans la rue au risque d’ailleurs de se faire arrêter ?

G. Philipps : Le premier sentiment, c’est qu’on leur a volé cette élection. L’un des slogans entendus hier à Téhéran, c’était "Moussavi, Moussavi, reprends nos votes !" Mais ça va aussi au-delà de la revendication politique. On a l’impression que c’est une énorme colère qui est train de s’exprimer, en tout cas à Téhéran. Pour l’instant nous n’avons pas d’information sur d’éventuelles manifestations dans d’autres villes du pays, que ce soit à Mashad ou Ispahan.

Colère parce que ces quatre dernières années, sous la présidence d’Ahmadinejad, les libertés individuelles ont reculé. Une police spéciale été créée pour traquer les femmes mal voilées par exemple. Colère aussi parce que la situation économique est de plus en plus désastreuse. Colère enfin parce que pour ces jeunes, qui souvent sont diplômés, bien formés (l’Iran a de prestigieuses universités) et bien il n’y a aucun débouché à la sortie. A tel point que certains de ces jeunes gens et ces jeunes filles disent que si Ahmadinejad reste encore quatre ans au pouvoir, et bien ils préfèrent partir, quitter l’Iran. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à être candidats pour aller travailler à Dubaï ou pour aller étudier aux Etats-Unis.

Qu’est ce qui peut se passer maintenant ? Est-ce que les manifestations peuvent encore grossir ?

G. Philipps : En tout cas, la répression est très forte. Hier on a vu les policiers antiémeutes, qui circulent à moto, frapper très violemment certains de ces manifestants. Il y a aussi des miliciens en civils, les bassidjis, qui sont là pour réprimer toute manifestation. Et puis la République islamique peut aussi compter sur ses pasdarans, les gardiens de la révolution. Ce sont eux qui sont véritablement en charge de la sécurité intérieure du pays. C’est une unité très importante, environ 300.000 hommes, qui peut véritablement tenir le pays.
Il faut voir enfin comment le camp conservateur va mobiliser cet après-midi et si les "pro Ahmadinejad" seront plus nombreux dans les rues que les "pro Moussavi".

Vous revenez tout juste de Téhéran, la presse n’est plus la bienvenue sur place ?

G. Philipps : Non, autant pendant les trois semaines de la campagne électorale, les journalistes étaient les bienvenues pour couvrir cette extraordinaire mobilisation, les files d’attente interminables devant les bureaux de vote - c’était d’ailleurs une superbe opération de communication pour le régime des ayatollahs - autant, tout ça est maintenant terminé.

Hier à Téhéran, le ministère de la guidance islamique nous a fait savoir que nos visas de presse ne seraient pas prolongés. Autant dire "Dehors !". Dans les manifestations, des miliciens ont volé les caméras de plusieurs journalistes étrangers. Et puis toujours pour essayer de mettre une chape de plomb, le réseau de téléphonie mobile a été complètement coupé hier soir. Impossible d’appeler ou de se faire appeler à Téhéran. Ce matin, le réseau aurait été partiellement rétabli.

Page web : Cécile Mimaut.

13.06.2009

"On ne connaît pas l'Iran"

Samedi 13 Juin 2009

Propos recueillis par Nicolas MOSCOVICI
leJDD.fr

 Spécialiste de l'Iran au CNRS, Bernard Hourcade revient pour leJDD.fr sur la reconduction de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de l'Iran. Un succès aisément acquis contre le modéré Mir Hossein Moussavi qui n'étonne pas le spécialiste, tant Ahmadinejad domine la vie politique du pays. En outre, sur la scène internationale, cette élection "ne change finalement rien à la donne".

On s'attendait à une élection présidentielle serrée en Iran, or Mahmoud Ahmadinejad semble l'avoir aisément remporté. Y'a-t-il eu fraude comme le crie le camp Moussavi?
Non, ou alors à la marge. Cette victoire "surprise" prouve surtout que l'on ne connaît pas l'Iran. On a certes vu une vague verte (la couleur du camp Moussavi, principal rival de Mahmoud Ahmadinejad, ndlr) dans les dix derniers jours de campagne, mais dix jours c'est trop peu pour faire évoluer un pays de 75 millions d'habitants. Cela témoigne d'une méconnaissance des rapports de force sociaux et politiques du pays. L'Occident, et les Etats-Unis en tête, regarde l'Iran tel qu'il voudrait qu'il soit et non comme il est réellement.

Comment expliquez-vous l'échec de Moussavi?
Contrairement à ce qui a pu se dire, Mir Hossein Moussavi n'était pas un candidat crédible contre Ahmadinejad. D'une manière un peu directe, on peut dire qu'il a été "au congélateur" pendant vingt ans (il fut Premier ministre entre 1980 et 1988, ndlr) avant que les réformateurs ne décident de l'en sortir pour cette élection présidentielle, et encore parce qu'ils n'avaient pas trouvé le bon candidat dans leurs rangs. Malgré ses qualités, Moussavi n'était qu'une roue de secours. Et c'était bien sûr insuffisant face à un Ahmadinejad qui, quoi qu'on en pense, est un véritable homme politique, actif, qui sait parler aux foules et qui possède un bilan pas si négatif que cela.

"Ahmadinejad a été le premier président iranien à envoyer un satellite dans l'espace"

Justement, quel est le bilan de Mahmoud Ahmadinejad et explique-t-il sa large victoire?
Comme dans toute action politique, il y a du positif et du négatif. Côté positif, il a su garder son image "proche du peuple". Il n'a pas "piqué dans la caisse" comme d'autres ne se seraient pas privés de le faire. Pour la catégorie la plus pauvre de la population - 20% des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté - si elle ne s'est pas enrichie lors du premier mandat d'Ahmadinejad, elle a été soutenue par le régime, qui lui a distribué des chèques. On peut parler de populisme, mais cette stratégie a payé. Et puis, j'ajoute un critère de taille: Mahmoud Ahmadinejad a été le premier président iranien à envoyer un satellite dans l'espace. Ce qui prouve aux technocrates du pays, qui ne lui sont pas forcément favorables, que l'on peut être musulman et scientifique. De quoi faire largement oublier ses incartades sur la scène internationale - la partie négative de son bilan - mais qui, en Iran, et malgré un isolement certain du pays, ne sont finalement que secondaires.

Les Iraniens se sont rendus en masse aux urnes. On aurait pu penser que ce serait pour soutenir Moussavi, or cela ne semble pas avoir été le cas. Comment analysez-vous cela?
Je ne peux pas répondre à cette question en l'état. Il est vrai que c'est surprenant, mais tant que nous n'avons pas accès au détail des votes, on ne peut tirer aucune conclusion valable.

Faut-il craindre des troubles dans le pays?
Ça et là peut-être, car Moussavi a tout de même recueilli plus de 30% des voix et qu'il conteste la sincérité du vote. Toutefois, sauf événement majeur, le problème m'apparaît limité car il n'existe pas de véritable mouvement structuré d'opposition, comme il n'y a pas non plus de structure ethnique forte capable de concurrencer le pouvoir. En outre, le déséquilibre des forces semble tel que l'opposition devra désormais patienter jusqu'à la prochaine élection présidentielle, dans quatre ans, pour espérer revenir au pouvoir. Et encore, ce sera sous le contrôle des Gardiens de la révolution.

Finalement, Mahmoud Ahmadinejad a été désigné par le peuple iranien comme le plus capable pour faire face aux Etats-Unis...
Absolument. Moussavi a, je pense, été jugé trop pro-Américain par les électeurs. Les Iraniens ont des arguments sophistiqués. Nombre d'entre eux, les jeunes en tête, sont ouverts à une certaine idée de la mondialisation, mais pas à n'importe quel prix. Les Iraniens ne veulent pas vivre comme en Californie! Or, Ahmadinejad est le seul dirigeant capable de défendre les intérêts nationaux de l'Iran - et l'Iran est un pays très nationaliste - sans risque de se soumettre à un diktat des Etats-Unis.

"On ne choisit pas ses adversaires..."

Depuis son entrée en fonctions, Barack Obama, qui soutenait Moussavi, a multiplié les gestes d'ouverture vis-à-vis de l'Iran. Ce vote est-il un aveu d'échec pour la diplomatie américaine?
Non, mais on ne peut pas changer en six mois trente ans d'isolement de l'Iran sur la scène internationale. En ramenant l'Iran au centre au jeu, Barack Obama a fait une analyse courageuse de la situation au Moyen-Orient. Il semble avoir tiré les leçons de trente ans de fiasco. La victoire d'Ahmadinejad ne change finalement rien à la donne, si ce n'est que les Américains vont devoir continuer à traiter avec quelqu'un d'assez réactionnaire, retranché derrière ses barricades. Mais au moins ont-ils la certitude de se trouver face à un partenaire solide, ce qui est certes difficile, mais finalement plus lisible...

Et sur la question précise du nucléaire iranien?
Je note une volonté exceptionnelle de l'administration Obama de réussir dans ce dossier. Les Etats-Unis veulent réellement négocier pour faire bouger les choses. Mais là encore, après trente ans de "containment", passer à une culture de dialogue est difficile. Il s'agit d'un virage à 180°. Toutefois, les Etats-Unis ont compris que l'Iran existait et qu'il fallait faire avec. Il s'agit d'une différence fondamentale avec les pays européens - et la France notamment - qui considèrent que le dialogue avec l'Iran passe par un changement de régime. Or, l'élection présidentielle vient de prouver que le régime politique iranien était bien en place.

Jusqu'où peut aller la communauté internationale face à un leader iranien belliqueux et ouvertement antisémite?
On ne choisit pas ses adversaires... C'est effectivement un problème, même si je pense qu'il ne faut pas survaloriser les sorties fracassantes de Mahmoud Ahmadinejad. Je pense, même s'il ne s'agit bien évidemment pas de les défendre, que les propos d'Ahmadinejad doivent être replacés dans un contexte régional très particulier. En tenant des propos antisionistes et antisémites, le président iranien, qui possède une culture rustre des relations diplomatiques, ne fait, hélas, que dire tout haut ce que les populations de certains pays - la Syrie ou l'Egypte devant l'Iran - pensent tout bas.

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