29.07.2009
Valeurs ou méthode socialistes?
Billet n°101 mercredi 29 juillet 2009
Valeurs ou méthode socialistes?
Je suis toujours perplexe lorsque l’on parle autour de moi des « valeurs du socialisme ». Existe-t-il en effet des valeurs propres aux socialistes, des valeurs qui identifieraient de façon indiscutable les socialistes ? Je ne le crois pas.
Les socialistes sont comme tous les hommes de gauche, voire comme certains hommes de droite, attachés à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, à la solidarité, à la tolérance, à la laïcité, à ces valeurs démocratiques qui fondent notre République. Sans doute les hommes de gauche que nous sommes, à la différence des gens de droite, rêvent d’une société qui ne soit pas fondée sur la compétition, la course à l’argent, à la consommation, qui repose au contraire sur ce qu’on appelle aujourd’hui le développement durable, mélange de refus du gaspillage de la nature et de volonté sociale de partage des richesses qu’elle nous propose.
Nous, les socialistes, ne sommes différents en rien de tous ceux qui partagent ces valeurs. Mais nous revendiquons d’en être les meilleurs défenseurs. Et si nous portons une telle revendication, c’est parce que nous sommes convaincus que ce sont les méthodes que nous préconisons qui peuvent nous permettre de mieux atteindre cet idéal quand d’autres pensent que c’est le système capitaliste – même lorsqu’ils veulent en corriger les excès- qui y parviendrait le mieux.
Combien de fois entend-on dire pour qualifier quelqu’un que l’on croit socialiste : « il est social » ! Un vrai non sens, dans certains cas un contre-sens : nombreux sont en effet ceux qui sur toutes les couleurs de l’arc politique pourraient revendiquer un tel qualificatif sans pour autant être « socialistes ». Car le mot socialiste ne dérive pas, comme certains le croient de « social », mais de « socialisation ». C’est ce mot qui définit notre méthode et par là même notre identité. Ce qui fait cette identité de socialiste, c’est que nous sommes convaincus, depuis la naissance du socialisme, depuis Babeuf, Proudhon, Fourier jusqu’à Marx, que c’est le pouvoir que donne le droit de propriété qui est à l’origine des problèmes de notre société
Dussè-je choquer nombre d’amis, le socialiste ne se définit pas par les valeurs auxquelles il est attaché – il les partage avec d’autres – mais par le choix idéologique qu’il a fait de privilégier le contrôle de l’économie par le peuple, au moyen de la socialisation des moyens de production stratégiques, par le choix qu’il a fait de restreindre le domaine de la propriété capitaliste.
J’imagine sans peine que Monsieur Valls ne partage pas ce point de vue.
C’est pourquoi le vocable « socialiste » ne lui parait plus s’adapter au parti dans lequel il se trouve de passage, entre deux plateaux de télévision.
Rassembler les hommes de gauche sur des valeurs communes est sans doute nécessaire pour combattre efficacement la droite la plus réactionnaire.
Mais rassembler la gauche n’implique pas la disparition d’un parti socialiste, la dilution du socialisme dans un mouvement sans doctrine et sans colonne vertébrale. Se priver de l’outil d’un parti socialiste fidèle à sa doctrine, c’est renoncer à la transformation de la société dont nos pères rêvaient, c’est renoncer à offrir aux jeunes une autre perspective que la société actuelle en laquelle ils sont de plus en plus nombreux à ne pas se reconnaître.
Jacques Fleury
15:38 Publié dans Tribunes Libres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.07.2009
Qu‘ils aillent voir ailleurs !
Billet n°100 Nelle série mardi 28 juillet 2009
Monsieur Manuel Valls ne sait pas ce qu’est un parti. Il confond parti et dernier salon où l’on cause. Un parti c’est un outil, une organisation qui doit être efficace et qui, pour l’être, doit connaître cette discipline qui fait la force des armées.
Martine Aubry a eu raison de rappeler Monsieur Manuel Valls à l’ordre.
Et je suis outré que certains camarades aient eu pour réflexe de condamner le choix de la première secrétaire au nom de la liberté de parole. La liberté de parole s’exerce à l’intérieur du parti, à tout moment, mais lorsque la décision a été prise démocratiquement, sans ces tricheries que l’on a pu constater il est vrai dans certains cas, alors la voix du parti doit être unique.
Je me suis trouvé une fois dans ma vie dans la position de militant indiscipliné. En 2004-2005, lorsque j’ai été l’un des premiers, sans doute même le premier, à proclamer ouvertement que je voterais non au référendum sur l’Europe, quoi qu’en dise la PS, et que je militerais avec vigueur pour le Non contrairement au choix de la majorité –
apparente- du parti. Je m’attendais à être sanctionné, voire à être exclu du parti. Je n’en aurais pas été surpris. J’avais pris ma responsabilité en toute conscience. Et je m’attendais à ce que ceux qui appelaient à voter « non » contre la majorité – apparente – du parti soient eux-mêmes sanctionnés. A vrai dire les données politiques en auraient été bien plus claires et le déroulement des élections présidentielles et européennes en auraient été modifié. Mais justement François Hollande ne souhaitait sans doute pas cette clarification et préférait demeurer dans ce flou politique qui ne heurte aucune ambition.
Trop de responsables qui se disent socialistes ont désormais pour horizon la conquête de l’opinion publique plus que la défense du socialisme. Du parti ils sont prêts à accepter les avantages, s’ils se trouvent en situation favorable : un appareil, une étiquette, des colleurs d’affiches, mais ne veulent en supporter aucun inconvénient, aucune discipline, aucune solidarité. Ils adoptent une attitude foncièrement méprisante à l’égard des militants qui ne seraient que leurs séides ou leurs valets. Ils ne raisonnent que clientèle présidentielle pour les plus ambitieux ou locales pour ceux qui débutent.
Monsieur Valls n’est pas le seul, même s’il est le plus provocateur. La sagesse et le bon sens voudraient que ces provocateurs soient effectivement rejetés aux marges d’un parti réellement socialiste. Que tout crédit politique leur soit refusé. Mais aujourd’hui, peut-on espérer que les militants, qui ne raisonnent plus qu’en termes de conquêtes, aient suffisamment de lucidité pour comprendre que ceux qui se revendiquent comme leurs futurs « chefs » sont en train de détruire, au nom de leur ambition personnelle, ce qui reste de ce formidable outil qu’était le parti socialiste ?
La droite se réunit autour d’un chef. Normal ! Cela correspond à la nature profonde des hommes et des femmes de droite. La logique des socialistes – même si je déplore qu’elle soit de moins en moins respectée – est de se réunir autour d’une politique, celle que déterminent majoritairement les militants. Derrière Nicolas Sarkozy la parole est unique. Derrière le projet socialiste, la parole doit et devra être unique.
Que ceux qui ne se sentent pas bien au PS aillent voir ailleurs.
Jacques Fleury
15:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.07.2009
Se rassembler à gauche, d’hier à demain
par Gilles Candar
La gauche française ne va pas très bien, à l’image de la plupart de ses homologues européens. Sans doute, la crise n’est pas mondiale : en Amérique, au nord comme au sud, dans les pays démocratiques d’Asie (Inde) ou d’Afrique (Ghana), partis ou candidats de gauche gagnent des élections et gouvernent, ce qui, au-delà de différences de situation incommensurables, nous invite à penser qu’il n’y a pas de fatalité.
Pourquoi cette crise de la gauche française et européenne ? Il ne semble pas qu’il soit très difficile de s’entendre sur le constat. En dehors des difficultés spécifiques, des questions de leadership, partout la gauche, qui a longtemps gouverné ou était associée au gouvernement, a du mal à convaincre de ses possibilités de faire face à la crise économique, à répondre aux défis de notre époque, notamment écologiques, à faire progresser ses idées et faire vivre ses valeurs. Cela ne veut pas dire que la gauche soit discréditée ou hors jeu pour longtemps. Son bilan est souvent apprécié, ses dirigeants et militants ne rencontrent pas d’hostilité, mais ils n’arrivent pas à entraîner et à susciter la dynamique vertueuse nécessaire pour s’imposer face aux tenants de l’ordre social, qui disposent toujours d’une marge d’avance s’il ne se passe rien.
L’histoire ne donne pas de leçons à apprendre et à savoir répéter, mais elle nous aide à explorer des pistes, à proposer des solutions. La gauche française existe, elle se reconnaît dans un certain nombre de principes, de sensibilités, de thèmes et d’attitudes. Jadis, elle a souvent marqué des points quand elle se trouvait en situation difficile, ce qui l’a poussé à se regrouper. Il est plus facile sans doute de s’unir dans une perspective défensive. La poussée nationaliste et la dérive droitière des gouvernants pendant l’affaire Dreyfus provoquent en retour la défense républicaine et le bloc des gauches qui assurent la victoire de la République laïque. L’agitation des ligues d’extrême droite suscite trente ans après le Front populaire et permet une avancée sociale (conventions collectives, droit syndical, congés payés) sans précédent. La domination sans partage de la droite favorise dans les années 1960/1970 l’alliance des partis de gauche et le programme commun… avec trois « quinquennats » législatifs de gauche dont les bilans ne sont pas négligeables non plus. Ces combats appartiennent au passé, et il ne s’agit pas de les ressusciter tels quels, ce serait inadapté, mais de s’inspirer de ce qu’ils ont de toujours vivant.
Face à une droite bien organisée, ceux qui souhaitent une autre politique doivent s’organiser aussi. L’heure n’est sans doute pas au Parti de toute la Gauche et de l’Écologie, mais elle n’est plus à l’émiettement actuel, à l’impuissance et au découragement qu’il engendre. Il faut se parler, se coordonner, éventuellement se disputer, mais s’organiser. La gauche au pouvoir, localement, et un jour nationalement, c’est, le plus souvent, une alliance des divers partis et organisations de gauche, qui cherche l’appui et la confiance de l’opinion, en la faisant participer et prendre sa part dans la délibération et la décision commune. Puisque nous le savons tous, il faut le faire.
C’est pourquoi les propositions de Gauche Avenir me semblent aussi simples qu’efficaces et pertinentes : constituer un comité de rassemblement des forces de gauche et écologistes, ouvert aux partis, organisations, associations, journaux, personnalités, etc. qui le voudraient, afin de préparer une base d’entente, programme d’action et accord législatif, en vue d’une politique gouvernementale crédible et transformatrice. Non pas pour tout régler : débats idéologiques, controverses et autres continueront. La démocratie n’est pas le consensus informe, mais l’organisation des désaccords, de la pluralité des avis et la détermination des choix. Ni pour tout ficeler : la culture politique française est fondée sur deux tours de scrutin (sauf aux européennes…), il n’y a aucune raison, dans les conditions actuelles, pour ne pas prendre en compte l’existence de ces deux tours, ce qui ne veut pas dire qu’il est conseillé de faire n’importe quoi au premier. Il faut donner le minimum d’organisation nécessaire pour rendre crédible une réponse politique à celle de la droite. Il faut de la souplesse, respecter les citoyens, ne pas confondre les diverses élections, qui ont des contraintes spécifiques.
Bien sûr, certains hésiteront, renâcleront : ils seront vite entraînés, pour la plupart, si les initiateurs de ce rassemblement savent montrer qu’ils travaillent sérieusement, ne pas s’enfermer dans de simples jeux de pouvoir et susciter des échanges fructueux avec les citoyens. Échanges, débats, discussions, participation organisés, non pour le plaisir de parler, mais pour ajuster le meilleur contrat de gouvernement possible face à la crise et à la politique de l’actuel Président. Des références historiques existent : Jaurès avant 1914, Blum en 1936, Mendès France et Mitterrand, ou leurs épigones contemporains, chacun est libre de privilégier les figures et les moments souhaités, ou même de ne pas en avoir : peu importe.
On voit bien ce qu’il faut rajeunir dans la tradition unitaire : rendre ces propositions les plus collectives possible, y associer largement celles et ceux qui le souhaitent, « aller à l’idéal et comprendre le réel ». Ce n’est pas si simple, pas si compliqué non plus, à la mesure en tout cas d’une gauche (écologistes compris…) qui a de l’expérience, des compétences, l’envie de faire autre chose que le « bling-bling » matois actuel, mais qui doit faire un effort d’organisation sereine, de responsabilité collective et de combativité
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