02.06.2009

Sarkozy va recevoir Mottaki, porteur d'un message de Téhéran

Pour la première fois depuis longtemps, les Iraniens, à la veille d 'une élection présidentielle très ouverte, demandent directement à rencontrer le Président Sarkozi qui vient d'inaugurer la base militaire dans les Emirats Unis, juste en face de l'Iran.

La question est de savoir : quelle serait la position de la France (et de l'Europe) en cas de changement de "majorité" en Iran après les élections présientielles ?

Encore faudrait-il savoir quelle est la marge de manoeuvre du candidat Moussavi par rapport à Ahmadinejad ?

Une question qui mérite étude approfondie et directe maus surtout une réponse rapide...

Par Reuters, publié le 02/06/2009 à 21:11

Les tentatives de relance du dialogue avec Téhéran sur le programme nucléaire iranien seront au coeur de l'entretien, prévu à 17h30 (15h30 GMT), précise l'Elysée.

Selon l'entourage de Nicolas Sarkozy, la rencontre aura lieu à la demande des autorités iraniennes.

"Le président de la République a décidé d'y répondre positivement", explique-t-on de même source. "Il ne faut laisser passer aucune chance de faire avancer le dialogue sur cette question essentielle pour la sécurité internationale."

La France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie, rejointes par les Etats-Unis depuis l'arrivée de Barack Obama à la Maison blanche, s'efforcent de convaincre Téhéran de renoncer à son programme d'enrichissement d'uranium.

Les Occidentaux et Israël sont convaincus que le président Mahmoud Ahmadinejad veut doter son pays de l'arme nucléaire.

Nicolas Sarkozy, partisan d'un "dialogue exigeant" assorti de sanctions internationales, a averti à plusieurs reprises les dirigeants iraniens que s'ils continuaient dans cette voie, ils prendraient le risque d'une frappe israélienne.

Le dossier iranien sera au menu de l'entretien qu'il aura samedi avec Barack Obama à Caen, en marge des cérémonies du 65e anniversaire du débarquement allié en Normandie.

Auparavant, le président américain aura prononcé jeudi au Caire un discours très attendu dans les pays musulmans sur la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Mahmoud Ahmadinejad, qui brigue un deuxième mandat à l'élection présidentielle iranienne du 12 juin, a exclu lundi dernier toute négociation avec les "Six".

Ses adversaires réformateurs parient, en revanche, sur une détente avec l'Occident. Son principal rival, Mirhossein Moussavi, a ainsi dit qu'il poursuivrait les discussions avec les "Six" sur le programme nucléaire iranien s'il était élu.

L'entourage de Nicolas Sarkozy assure cependant qu'il ne sera pas question des questions de politique intérieure et des élections iraniennes lors de la rencontre de mercredi.

L'AFGHANISTAN, PRÉOCCUPATION COMMUNE ?

"Le dossier nucléaire est suffisamment important pour que le dialogue sur cette question ne s'arrête pas au motif que l'Iran est en période électorale", souligne-t-on de même source.

Le chef de l'Etat français ne reçoit qu'exceptionnellement des ministres des Affaires étrangères. Son entretien avec Manoucher Mottaki sera le premier, à l'Elysée, avec un dirigeant iranien de ce rang depuis son élection en mai 2007.

Il avait reçu en octobre 2007 l'ancien chef de la diplomatie iranienne Ali Akbar Velayati. Celui-ci, aujourd'hui conseiller diplomatique du guide de la Révolution Ali Khamenei, n'était cependant à l'époque qu'un simple émissaire de Téhéran.

Nicolas Sarkozy a refusé jusqu'à présent tout contact direct avec Mahmoud Ahmadinejad, dont il n'a eu de cesse de dénoncer les déclarations anti-israéliennes virulentes.

La France n'en est pas moins restée en contact avec les dirigeants iraniens. Son ministre des Affaires étrangères a notamment rencontré son homologue iranien en marge du forum économique de Davos, cet hiver.

Bernard Kouchner, qui participera à l'entretien de l'Elysée, poursuivra ensuite celui-ci avec Manoucher Mottaki.

La rencontre Sarkozy-Mottaki "a été décidée en parfaite transparence avec nos partenaires et s'inscrit dans les efforts des 'Six'", précise l'Elysée.

Le chef de l'Etat, qui a inauguré la semaine dernière à Abou Dhabi une base militaire française à environ 250 km des côtes iraniennes, entend également évoquer les questions régionales.

L'Iran, qui n'a jamais caché son ambition d'être une puissance régionale, soutient le parti islamique libanais Hezbollah et le mouvement palestinien Hamas, deux adversaires déterminés d'Israël.

Mais les dirigeants iraniens, dont le pays est limitrophe du Pakistan et de l'Afghanistan, sont eux-mêmes confrontés à des troubles intérieurs. Un attentat contre une mosquée chiite a ainsi fait 25 morts, jeudi dernier, à Zahedan, ville à prédominance sunnite dans le sud-est de l'Iran.

Les dirigeants iraniens "ne sont pas du tout sur la même ligne" que les taliban afghans, sont préoccupés par le trafic de drogue en provenance de l'Afghanistan et ont un intérêt commun avec les Occidentaux dans la stabilisation de ce pays, souligne-t-on de source diplomatique française.

Nucléaire/Iran: Sarkozy reçoit mercredi le chef de la diplomatie iranienne

PARIS - Le président français Nicolas Sarkozy recevra mercredi le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki pour évoquer la relance du dialogue entre l'Iran et les grandes puissances sur son programme nucléaire, a annoncé mardi la présidence française.

"L'entretien permettra d'aborder en particulier les discussions que les Six (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie, avec le Haut représentant de l'UE Javier Solana) souhaitent relancer avec l'Iran sur la question de la prolifération nucléaire", a indiqué l'Elysée dans un communiqué.

Lors de cet entretien, prévu à 16H30 (14H30 GMT), "le président de la République évoquera aussi les questions régionales", selon la présidence française.

C'est la première fois que le président français, qui a à plusieurs reprises indiqué qu'il jugeait "inacceptable" la perspective d'un Iran doté de l'arme nucléaire, reçoit un responsable iranien de haut rang depuis son élection en mai 2007.

Cette rencontre intervient alors que les Six ont récemment proposé à Téhéran de relancer leur dialogue sur son programme nucléaire.

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui brigue un deuxième mandat lors du scrutin présidentiel du 12 juin, leur a opposé la semaine dernière une fin de non-recevoir, indiquant que l'Iran ne "discutera pas du dossier nucléaire (iranien) en dehors de l'AIEA", l'Agence internationale de l'énergie atomique.

(©AFP / 02 juin 2009 10h40)

Réélection programmée d'Ahmadinejad

 

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Un attentat à Zahedan qui a fait 25 morts, des troubles faisant 5 morts, une bombe à Ahwaz, une à Téhéran et 11 à Tabriz : le point commun de tous ces faits est que le régime aurait su faire face pour écarter le danger, dans certains cas des coupables ont même été arrêtés !
En d’autres termes, selon le régime, Ahmadinejad serait l’homme de la situation, le bon timonier dont nous aurions besoin en cas de danger.
Sur la base des rumeurs répandues par le régime, nous évoquions son intention d’animer les derniers jours de la campagne présidentielle par des annonces d’attentats soi-disant fomentés par les Américains. Cette hypothèse est entrée en phase de réalisation jeudi dernier à Zahedan avec deux objectifs complémentaires : saluer la maîtrise d’Ahmadinejad en situation de crise face à des menaces extérieures et justifier l’annonce prochaine d’une forte participation populaire aux élections pour faire face à cette menace en solidarité avec les dirigeants.

La mayonnaise baloutche| Cela a commencé avec l’annonce d’une explosion dans une mosquée de la ville sunnite de Zahedan, une explosion sans preuve visuelle. Téhéran immédiatement fait état d’arrestation de plusieurs suspects liés aux Etats-Unis.

L’annonce de cette explosion a surpris le principal organisme terroriste de la région : le Jundallah. Ce dernier n’a pris la parole qu’après les accusations répétées des mollahs à l’encontre des Etats-Unis. Le Jundallah a tardivement revendiqué l’attentat (pour sauver les Etats-Unis) en le situant sur un plan religieux et non politique (lié à l’élection présidentielle), mais Téhéran a superbement ignoré cette revendication pour recentrer les accusations sur les Etats-Unis. Pour insister sur ce point, Téhéran a également annoncé une attaque le même jour contre un bureau local du QG électoral d’Ahmadinejad, l’adversaire des Etats-Unis !

Le discours final du régime a été que l’action contre la mosquée était une opération terroriste américaine pour déclencher une guerre sunnite-chiite dans la région et ainsi déstabiliser le pays et le régime. Pour illustrer ce propos, Téhéran a lancé une autre phase de sa désinformation en faisant circuler des rumeurs de troubles survenus après la cérémonie des funérailles des victimes de l’attentat. Encore une fois, il n’existe aucune image de ces soi-disant troubles (zéro photo et zéro vidéo).

Pour la diffusion de cette rumeur, le régime a fait appel à Mowlana Abdul-Hamid Esmaïl-zehi, l’imam sunnite de la ville, qui est hostile au Jundallah (notamment parce qu’il le considère comme un concurrent à son autorité locale). Mowlana Abdul-Hamid Esmaïl-zehi a affirmé avoir été victime d’une attaque qui aurait déclenché la fureur des jeunes sunnites de la ville. Après ce buzz qui a envahi les médias virtuels très réactifs, l’imam sunnite a changé son histoire pour évoquer des « agitateurs extérieurs » afin de recoller à la théorie du régime.

Le Jundallah a rejeté toute participation dans ces heurts, les attribuant aux mercenaires régionaux du régime. Le ton de l’intervention du responsable du Jundallah sur une petite chaîne iranienne très suspecte basée à Washington laissait penser qu’il ignorait les détails et les lieux de ces troubles made in régime.

Le dernier acte de ces troubles a été l’annonce d’un incendie contre une banque du régime qui aurait tué 5 employés pris au piège, et il n’y a évidemment pas de photos qui prouveraient les faits.

Le régime a situé l’action de ces soi-disant troubles dans la lointaine région de Sistan-Baloutchistan car les journalistes étrangers n’y vont jamais. Téhéran a aussi pu compter sur le concours d’un certain nombre de journalistes comme Delphine Minoui du Figaro et Siavash Ghazi de RFI pour amplifier les rumeurs et les homologuer comme des vraies informations vérifiées pour assurer leur diffusion à échelle internationale.

La touche finale| Une fois le décor implanté, le régime a annoncé des arrestations massives et le retour au calme, grâce à la bonne gestion du gouvernement d’Ahmadinejad !

Pour illustrer cette maîtrise face à la menace, le régime a fait état de plusieurs autres tentatives d’attentats qui ont eu lieu le même jour à travers le pays et ont été neutralisées grâce à ses miliciens. Il a ainsi annoncé la neutralisation d’une bombe à bord un avion reliant Ahwaz à Téhéran, la neutralisation d’une bombe à bord d’une voiture suspecte à proximité de la station Mirdamad du métro de Téhéran, et l’arrestation de 3 suspects dans le cadre de la découverte de 11 bombes artisanales et des munitions de guerre à Tabriz !

Les Iraniens ont désormais peur que le régime aille plus loin en organisant de vrais attentats dans des lieux publics comme des marchés ou des mosquées. Mais, vraisemblablement, le régime se contentera d’annonces de neutralisation de bombes (fictives) ou d’arrestations spectaculaires de terroristes ou d’espions car il veut affirmer son autorité et la fiabilité des méthodes d’Ahmadinejad.

Le puzzle| L’opération a été orchestrée à la veille des débats présidentiels qui doivent confronter les candidats. Ahmadinejad arrivera en conquérant dans ces débats, riche du succès de ses méthodes policières critiquées par ses adversaires.

Simultanément, la compagnie iranienne du pétrole a diffusé un rapport sur ses progrès dans les 4 dernières années et plusieurs médias ont publié 12 pages d’extraits de déclarations faites par Rafsandjani [1] il y a 20 ans sur la gestion de Moussavi en tant que Premier ministre. Rafsandjani parle de son actuel chouchou comme un Premier ministre corrompu, voleur et incapable qui a ruiné durablement le pays.

Téhéran assemble les éléments d’un puzzle pour expliquer la réélection programmée d’Ahmadinejad.

Pour obtenir une reconnaissance de son rôle régional, Téhéran doit maintenir en état son programme nucléaire et refuser le dialogue proposé par Obama. Pour le faire, il va mettre en scène la victoire démocratique d’Ahmadinejad qui incarne ce refus de compromis. Tout porte à croire qu’il a déjà trouvé le moyen pour poursuivre durablement cette politique sans entrer en conflit avec sa prétention d’être un régime démocratique pluraliste.

La presse iranienne est remplie de rumeurs sur les candidats. Dans les dernières 24 heures, on a ainsi évoqué « une possible alliance de dernière minute entre les modérés pour battre Ahmadinejad ».

On a aussi parlé de l’« achat massif du dernier numéro du Journal Iran par les partisans de Moussavi » car le numéro contenait un article du président de la Banque Centrale Iranienne qui traitait le candidat réformateur de menteur !

Les réformateurs seraient au désespoir : cet article les aurait achevés alors que les sondages les donnaient déjà perdants aussi bien dans les grandes villes qu’en province ou les villages. On parle de « négociations entre des candidats même des bords opposés » ! Rezaï, « le conservateur », « serait sur le point de s’approcher des modérés conservateurs pour résister au Tsunami d’Ahmadinejad » prédit par Tajzadeh, l’un des analystes les plus brillants du camp des modérés !

La victoire démocratique d’Ahmadinejad semble acquise. Ces rumeurs sont fabriquées pour le suggérer. Mais elles contiennent un autre message plus important que cette victoire programmée : en fait, ces rumeurs parlent surtout d’une future cuisante défaite des modérés, battus parce que divisés et incapables de surmonter leur division.

C’est le scénario en or pour éliminer rapidement et pour un certain temps toute opposition à Ahmadinejad

L’opposition modérée sera en convalescence : occupée à se reconstruire, à redéfinir ses priorités, présente, mais hors-jeu… C’est une parfaite simulation de ce qui arrive dans les vraies démocraties !

De plus, Téhéran pourra profiter de cette soi-disant reconstruction pour introduire des futurs dirigeants inconnus et incernables pour bouleverser les schémas établis et surprendre ses adversaires. Il s’agit vraiment d’un scénario en or…

Donc vous connaissez déjà les résultats :

- une forte participation

- le nouveau Président qui en reprend pour 4 ans...