16.06.2009
Le who's who du pouvoir iranien

LEXIQUE - Guide sûpreme, Gardiens de la Constitution... 20minutes.fr fait le point sur les principales institutions...
Le Guide suprême: actuellement l'ayatollah Ali Khamenei
En français, le «Guide de la révolution» (l’expression «Guide suprême» est utilisée en signe de respect mais ne figure pas dans la Constitution) est le plus haut responsable politique et religieux non élu en Iran. Cette fonction a été créée à la suite de la Révolution islamique en 1979. Désigné par l'Assemblée des experts (lire ci-dessous) pour une durée indéterminée, il règne potentiellement à vie.
En tant que plus haute autorité, il détermine la direction politique générale du pays et supervise le régime. Il a donc le dernier mot dans toutes les affaires de l’Etat. Il est le chef des armées, c'est donc à lui que revient la responsabilité de déclarer la guerre ou la paix. Il nomme, révoque ou accepte: le chef du Conseil des gardiens de la Constitution, le directeur de la radio et de la télévision de la République islamique d'Iran, ou encore les commandants des forces armées, les commandants en chef du corps des Gardiens de la révolution islamique. Il a également le pouvoir de démettre le président de ses fonctions si la Cour suprême le reconnaît coupable de violation de la Constitution. Il contrôle tout le pouvoir judiciaire puisqu’il nomme le Procureur général ainsi que le chef de la Cour Suprême.
Le président de la République islamique: officiellement, Mahmoud Ahmadinejad
Il est élu au suffrage universel pour un mandat de quatre ans. Il doit être de sexe masculin et musulman. Même si la globalité du pouvoir est détenue par le Guide la révolution, le président est à la tête du gouvernement. Certes, il ne contrôle ni le pouvoir judiciaire ni les forces armées mais il nomme et supervise le Conseil des ministres et coordonne les décisions du gouvernement. Aux yeux du monde, il est le visage du régime même s’il n’en est pas le cerveau. De plus, en tant que plus haute autorité élue du pays, le président de la République est responsable vis-à-vis de l'opinion publique alors que le Guide suprême ne l'est pas.
Les Gardiens de la Constitution: présidé actuellement par Ahmad Jannati (favorable à Ahmadinejad)
Le Conseil des gardiens de la Constitution iranien correspond, peu ou prou, au Conseil constitutionnel français. Il est composé de 12 membres désignés pour six ans: six religieux (clercs) nommés par le Guide Suprême et six juristes (généralement aussi des clercs) élus sur proposition du pouvoir judiciaire (dépendant du Guide).
Sa principale fonction est de veiller à la compatibilité des lois avec la Constitution et l'islam. Ce dernier aspect est exclusivement assuré par les six membres religieux, l'autre étant exercé par les 12 membres collégialement. Toutes les lois votées par le Parlement doivent obtenir l'approbation du Conseil des gardiens.
Les Gardiens de la révolution (islamique)
Appelés aussi Pasdaran, ils sont une organisation paramilitaire dépendant du Guide suprême. Ils ne font pas partie de l’armée iranienne régulière. Ils sont très bien équipés avec leur propre marine, armée de l'air et forces terrestres. L'actuel président d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad, était membre des Gardiens de la Révolution pendant la guerre Iran-Irak.
L’Assemblée des experts
Elle est composée de 86 membres religieux élus pour huit ans au suffrage universel direct. Elle élit et révoque le Guide de la révolution. L'Assemblée des experts a aussi le pouvoir, théoriquement, de démettre le Guide suprême de ses fonctions, mais elle est très peu sollicitée dans ce rôle en raison du mandat à vie dont dispose le chef de l'Etat iranien.
Le Parlement
Ses 290 membres sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans. Tous ses projets de loi doivent être approuvés par le Conseil des gardiens de la Constitution avant leur adoption.
Le Conseil de discernement: présidé actuellement par l’Ayatollah Rafsanjani
C’est le plus haut organe d'arbitrage politique chargé de régler les différends entre le Parlement et le Conseil des gardiens. Il est composé de six membres religieux du Conseil des gardiens de la Constitution, des chefs des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif (président de la république). Ses réunions et comptes-rendus sont confidentiels.
Personnages politiques de la crise de l’élection iranienne
Le camp réformateur :
Le rival Mir Hossein Moussavi, 67 ans, un conservateur modéré qui a fait un retour spectaculaire après 20 ans d'absence pour représenter le mouvement réformateur morcelé.
Il a été l'un des fondateurs du Parti islamique qui a soutenu l'ayatollah Rouhollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, après le départ du Shah. Il est nommé Premier ministre en 1981, l'année ayant suivi le début de la guerre Iran-Irak.
Il bénéficie d'un véritable engouement chez de nombreux jeunes aspirant à une libéralisation de la société, notamment chez les étudiants, moteur de la vague de protestation.
Les dissidents religieux :
- Le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri qui a appelé les jeunes à poursuivre leurs manifestations pacifiquement. Pressenti à une époque pour succéder à l'imam Khomeiny, il a ensuite subi une longue assignation à résidence à cause de ses critiques du pouvoir. Mais sa voix reste entendue.
- L'ancien président Mohammed Khatami (1997-2005) a rejoint la campagne de Moussavi. Il avait essayé d'introduire des réformes mais avait été bloqué par les conservateurs. Durant l'élection, son appel pour le changement a été entendu.
Depuis 1967, Mohammad-Réza Palavi, le Shah d’Iran, règne sur le pays. Mais son pouvoir autoritaire est contesté. Sa politique d’ouverture à l’Occident, ses relations privilégiées avec les Américains ne sont pas du goût de tous, et surtout pas des intégristes religieux. La situation politique se dégrade alors peu à peu. La propagande, menée par l'ayatollah Khomeini depuis la France où il vit en exil depuis plusieurs années, reçoit un écho de plus en plus favorable dans la société iranienne. En décembre 1978, la révolution islamique débute sur fond de manifestations anti-américaines. Des grèves paralysent le pays, la rue contraint le Shah à renoncer au pouvoir et à s'exiler le 16 janvier 1979. L'ayatollah Khomeyni rentre alors de Neauphle-le-Château, dans la banlieue parisienne, où il vivait. Accueilli triomphalement à Téhéran, il instaure une république islamique nationaliste, anticapitaliste, antisioniste et anti-impérialiste, dont la législation s'inspire de la charia (la loi islamique). Le régime impérial est alors renversé et les relations avec les Etats-Unis cessent.
20:18 Publié dans Iran | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14.06.2009
Situation extrêmement tendue en Iran
G. Philipps : Tard hier soir, pendant que les dernières poubelles et les dernières barricades finissaient de brûler dans les rues du nord de Téhéran, le pouvoir a procédé à une série d’arrestations dans le camp réformateur…une centaine de personnes en tout, dont une dizaine de responsables politiques proches l’ancien président réformateur Mohamad Khatami. Ces responsables auraient été libérés ce matin, mais à la mi-journée la police annonçait parallèlement avoir arrêté 60 "organisateurs des émeutes". On ne sait pas s’il s’agit de responsables politiques ou de manifestants interpellés hier dans les cortèges. Hier on a vu en plein cœur de Téhéran beaucoup de jeunes, notamment, violemment frappés et emmenés dans des véhicules de police, sans qu’on sache où ils étaient emmenés : un jeune homme rencontré hier après-midi à Téhéran nous disait : "c’est sûr, ils les emmènent à Evin", la tristement célèbre prison de Téhéran où en général sont emprisonnés les opposants.
Précisément, qu’est ce qui motive ces gens à descendre dans la rue au risque d’ailleurs de se faire arrêter ?
G. Philipps : Le premier sentiment, c’est qu’on leur a volé cette élection. L’un des slogans entendus hier à Téhéran, c’était "Moussavi, Moussavi, reprends nos votes !" Mais ça va aussi au-delà de la revendication politique. On a l’impression que c’est une énorme colère qui est train de s’exprimer, en tout cas à Téhéran. Pour l’instant nous n’avons pas d’information sur d’éventuelles manifestations dans d’autres villes du pays, que ce soit à Mashad ou Ispahan.
Colère parce que ces quatre dernières années, sous la présidence d’Ahmadinejad, les libertés individuelles ont reculé. Une police spéciale été créée pour traquer les femmes mal voilées par exemple. Colère aussi parce que la situation économique est de plus en plus désastreuse. Colère enfin parce que pour ces jeunes, qui souvent sont diplômés, bien formés (l’Iran a de prestigieuses universités) et bien il n’y a aucun débouché à la sortie. A tel point que certains de ces jeunes gens et ces jeunes filles disent que si Ahmadinejad reste encore quatre ans au pouvoir, et bien ils préfèrent partir, quitter l’Iran. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à être candidats pour aller travailler à Dubaï ou pour aller étudier aux Etats-Unis.
Qu’est ce qui peut se passer maintenant ? Est-ce que les manifestations peuvent encore grossir ?
G. Philipps : En tout cas, la répression est très forte. Hier on a vu les policiers antiémeutes, qui circulent à moto, frapper très violemment certains de ces manifestants. Il y a aussi des miliciens en civils, les bassidjis, qui sont là pour réprimer toute manifestation. Et puis la République islamique peut aussi compter sur ses pasdarans, les gardiens de la révolution. Ce sont eux qui sont véritablement en charge de la sécurité intérieure du pays. C’est une unité très importante, environ 300.000 hommes, qui peut véritablement tenir le pays.
Il faut voir enfin comment le camp conservateur va mobiliser cet après-midi et si les "pro Ahmadinejad" seront plus nombreux dans les rues que les "pro Moussavi".
Vous revenez tout juste de Téhéran, la presse n’est plus la bienvenue sur place ?
G. Philipps : Non, autant pendant les trois semaines de la campagne électorale, les journalistes étaient les bienvenues pour couvrir cette extraordinaire mobilisation, les files d’attente interminables devant les bureaux de vote - c’était d’ailleurs une superbe opération de communication pour le régime des ayatollahs - autant, tout ça est maintenant terminé.
Hier à Téhéran, le ministère de la guidance islamique nous a fait savoir que nos visas de presse ne seraient pas prolongés. Autant dire "Dehors !". Dans les manifestations, des miliciens ont volé les caméras de plusieurs journalistes étrangers. Et puis toujours pour essayer de mettre une chape de plomb, le réseau de téléphonie mobile a été complètement coupé hier soir. Impossible d’appeler ou de se faire appeler à Téhéran. Ce matin, le réseau aurait été partiellement rétabli.
18:07 Publié dans Iran | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.06.2009
"On ne connaît pas l'Iran"
Samedi 13 Juin 2009
On s'attendait à une élection présidentielle serrée en Iran, or Mahmoud Ahmadinejad semble l'avoir aisément remporté. Y'a-t-il eu fraude comme le crie le camp Moussavi?
Non, ou alors à la marge. Cette victoire "surprise" prouve surtout que l'on ne connaît pas l'Iran. On a certes vu une vague verte (la couleur du camp Moussavi, principal rival de Mahmoud Ahmadinejad, ndlr) dans les dix derniers jours de campagne, mais dix jours c'est trop peu pour faire évoluer un pays de 75 millions d'habitants. Cela témoigne d'une méconnaissance des rapports de force sociaux et politiques du pays. L'Occident, et les Etats-Unis en tête, regarde l'Iran tel qu'il voudrait qu'il soit et non comme il est réellement.
Comment expliquez-vous l'échec de Moussavi?
Contrairement à ce qui a pu se dire, Mir Hossein Moussavi n'était pas un candidat crédible contre Ahmadinejad. D'une manière un peu directe, on peut dire qu'il a été "au congélateur" pendant vingt ans (il fut Premier ministre entre 1980 et 1988, ndlr) avant que les réformateurs ne décident de l'en sortir pour cette élection présidentielle, et encore parce qu'ils n'avaient pas trouvé le bon candidat dans leurs rangs. Malgré ses qualités, Moussavi n'était qu'une roue de secours. Et c'était bien sûr insuffisant face à un Ahmadinejad qui, quoi qu'on en pense, est un véritable homme politique, actif, qui sait parler aux foules et qui possède un bilan pas si négatif que cela.
"Ahmadinejad a été le premier président iranien à envoyer un satellite dans l'espace"
Justement, quel est le bilan de Mahmoud Ahmadinejad et explique-t-il sa large victoire?
Comme dans toute action politique, il y a du positif et du négatif. Côté positif, il a su garder son image "proche du peuple". Il n'a pas "piqué dans la caisse" comme d'autres ne se seraient pas privés de le faire. Pour la catégorie la plus pauvre de la population - 20% des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté - si elle ne s'est pas enrichie lors du premier mandat d'Ahmadinejad, elle a été soutenue par le régime, qui lui a distribué des chèques. On peut parler de populisme, mais cette stratégie a payé. Et puis, j'ajoute un critère de taille: Mahmoud Ahmadinejad a été le premier président iranien à envoyer un satellite dans l'espace. Ce qui prouve aux technocrates du pays, qui ne lui sont pas forcément favorables, que l'on peut être musulman et scientifique. De quoi faire largement oublier ses incartades sur la scène internationale - la partie négative de son bilan - mais qui, en Iran, et malgré un isolement certain du pays, ne sont finalement que secondaires.
Les Iraniens se sont rendus en masse aux urnes. On aurait pu penser que ce serait pour soutenir Moussavi, or cela ne semble pas avoir été le cas. Comment analysez-vous cela?
Je ne peux pas répondre à cette question en l'état. Il est vrai que c'est surprenant, mais tant que nous n'avons pas accès au détail des votes, on ne peut tirer aucune conclusion valable.
Faut-il craindre des troubles dans le pays?
Ça et là peut-être, car Moussavi a tout de même recueilli plus de 30% des voix et qu'il conteste la sincérité du vote. Toutefois, sauf événement majeur, le problème m'apparaît limité car il n'existe pas de véritable mouvement structuré d'opposition, comme il n'y a pas non plus de structure ethnique forte capable de concurrencer le pouvoir. En outre, le déséquilibre des forces semble tel que l'opposition devra désormais patienter jusqu'à la prochaine élection présidentielle, dans quatre ans, pour espérer revenir au pouvoir. Et encore, ce sera sous le contrôle des Gardiens de la révolution.
Finalement, Mahmoud Ahmadinejad a été désigné par le peuple iranien comme le plus capable pour faire face aux Etats-Unis...
Absolument. Moussavi a, je pense, été jugé trop pro-Américain par les électeurs. Les Iraniens ont des arguments sophistiqués. Nombre d'entre eux, les jeunes en tête, sont ouverts à une certaine idée de la mondialisation, mais pas à n'importe quel prix. Les Iraniens ne veulent pas vivre comme en Californie! Or, Ahmadinejad est le seul dirigeant capable de défendre les intérêts nationaux de l'Iran - et l'Iran est un pays très nationaliste - sans risque de se soumettre à un diktat des Etats-Unis.
"On ne choisit pas ses adversaires..."
Depuis son entrée en fonctions, Barack Obama, qui soutenait Moussavi, a multiplié les gestes d'ouverture vis-à-vis de l'Iran. Ce vote est-il un aveu d'échec pour la diplomatie américaine?
Non, mais on ne peut pas changer en six mois trente ans d'isolement de l'Iran sur la scène internationale. En ramenant l'Iran au centre au jeu, Barack Obama a fait une analyse courageuse de la situation au Moyen-Orient. Il semble avoir tiré les leçons de trente ans de fiasco. La victoire d'Ahmadinejad ne change finalement rien à la donne, si ce n'est que les Américains vont devoir continuer à traiter avec quelqu'un d'assez réactionnaire, retranché derrière ses barricades. Mais au moins ont-ils la certitude de se trouver face à un partenaire solide, ce qui est certes difficile, mais finalement plus lisible...
Et sur la question précise du nucléaire iranien?
Je note une volonté exceptionnelle de l'administration Obama de réussir dans ce dossier. Les Etats-Unis veulent réellement négocier pour faire bouger les choses. Mais là encore, après trente ans de "containment", passer à une culture de dialogue est difficile. Il s'agit d'un virage à 180°. Toutefois, les Etats-Unis ont compris que l'Iran existait et qu'il fallait faire avec. Il s'agit d'une différence fondamentale avec les pays européens - et la France notamment - qui considèrent que le dialogue avec l'Iran passe par un changement de régime. Or, l'élection présidentielle vient de prouver que le régime politique iranien était bien en place.
Jusqu'où peut aller la communauté internationale face à un leader iranien belliqueux et ouvertement antisémite?
On ne choisit pas ses adversaires... C'est effectivement un problème, même si je pense qu'il ne faut pas survaloriser les sorties fracassantes de Mahmoud Ahmadinejad. Je pense, même s'il ne s'agit bien évidemment pas de les défendre, que les propos d'Ahmadinejad doivent être replacés dans un contexte régional très particulier. En tenant des propos antisionistes et antisémites, le président iranien, qui possède une culture rustre des relations diplomatiques, ne fait, hélas, que dire tout haut ce que les populations de certains pays - la Syrie ou l'Egypte devant l'Iran - pensent tout bas.
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