26.06.2009

Du rififi au Ministère...

Pour être clair...sur les opinions sur l'Iran en France et essayer de comprendre pourquoi le problème est complexe :

" Les problèmes ne cherchent pas les gens, ce sont les gens qui cherchent les problèmes. "

 On subodorait que l’approche radicale de certains cercles dirigeants français sur l’Iran ne faisait pas l’unanimité. En voici une nouvelle preuve.

La Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense (DAS) n’autorise plus certains chercheurs, qu’elle avait l’habitude de solliciter, à écrire des analyses sur l’Iran. La DAS les considère trop « favorables à Téhéran, ou pas assez critiques » sur la question du nucléaire, qui oppose la République islamique à la communauté internationale.

Mais cette censure mécontente fortement d’autres départements au ministère, notamment la Direction des renseignements militaires (DRM), qui regrette que leur maison se prive de telles sources d’informations.

La DRM l’a fait savoir en envoyant une « note blanche » au ministre de la Défense, Hervé Morin, au chef d’état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, et à Bernard Bajolet, le coordonnateur du renseignement à l’Elysée.

Ironie de l’histoire, l’un des chercheurs censurés, Bernard Hourcade, a été invité à plusieurs reprises aux Etats-Unis ces derniers mois pour « briefer » quelques-uns des principaux responsables du dossier Iran, le général David Petraeus, et les diplomates Denis Ross et William Burns.

Un comble! Pourquoi?

La DAS est dirigée depuis 2007 par Michel Miraillet, ancien numéro deux de l’ambassade de France en Israël, à l’époque où Gérard Araud, haut-responsable du Quai d’Orsay, était l’ambassadeur.

Considérés par leurs collègues diplomates comme des « néoconservateurs à la française », les deux hommes ne cachent guère leur approche très dure contre l’Iran, focalisée sur le nucléaire, en oubliant les autres composantes de l’équation iranienne. D’où la mise à l’écart de spécialistes, qui s’attachent justement à mettre en perpective les aspirations de Téhéran à posséder la bombe.

« On est malheureux, reconnaît-on à la DRM. Il y a une censure intolérable à la DAS sur l’Iran », se plaint un de ses responsables.

Cette affaire n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les spécialistes de l’Iran n’ignorent pas que sur ce dossier, il y a le politiquement correct et le reste.

« Au Quai d’Orsay, mieux vaut également durcir le ton contre Téhéran, si on veut être entendu de sa hiérarchie », nous confiait récemment un diplomate qui suit le dossier iranien. François Nicoullaud, ambassadeur de France en Iran entre 2001 et 2005, avait eu le tort de ne pas se plier à la règle. « On ne l’écoutait pas à Paris », ajoute ce diplomate. Son analyse, étayée par une très bonne connaissance du terrain, était pourtant loin d’être dénuée d’intérêt.

Cette distorsion de la réalité iranienne n’est pas sans rappeler celle qu’on pratiquée les néo conservateurs américains sur l’Irak avant la guerre de 2003. Elle inquiète les plus réalistes dans les allées du pouvoir à Paris. Mais ils n’ont pas voix au chapître.

Sur l’Iran, la parole est captée par les « apôtres de la lutte anti prolifération », qu’ils soient à l’Elysée, au Quai d’Orsay ou au Commissariat à l’énergie atomique, et dont beaucoup ont été formés à « l’école du désarmement soviétique ».

Leur prédominance explique en grande partie pourquoi la France est à l’avant garde dans la confrontation avec l’Iran. N’oublions pas les propos maladroits de Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, dès l’automne 2007 sur la nécessite de se préparer à la guerre, si Téhéran n’assouplissait pas sa position sur le différend nucléaire.

Iran: une révolte étouffée, et après?

manif iran.jpgLa menace d’une répression « décisive » semble avoir eu raison de la révolte lancée, après les fraudes qui ont permis à Mahmoud Ahmadinejad d’être réélu président de la République islamique d’Iran, il a dix jours.

Il ne pouvait guère en être autrement. Le mouvement de fronde n’était pas organisé. Il n’avait pas de leader. Et peu de relais en province.

Même si certains slogans scandés par les manifestants, tels –Allah Akbar (Dieu est grand), rappelaient les heures pré révolutionnaires de 1978, avant la chute du Shah, on est encore loin d’une nouvelle révolution, qui aurait balayé le régime des mollahs. Peu d’Iraniens d’ailleurs souhaitent une seconde révolution, aux lendemains brutaux.

Cela étant, rien ne sera plus tout à fait comme avant. Un coin a été enfoncé. Le régime a montré au grand jour ses profondes fractures au sommet de l’Etat. En plongeant dans la mêlée pour secourir Ahmadinejad, le guide suprême l’ayatollah Ali Khameneï se retrouve fragilisé.

A court terme, le scénario le plus probable est celui d’un durcissement suivi d’une bunkérisation du pouvoir. Pour mâter les ultimes vélléités de changement, l’appareil sécuritaire – Gardiens de la révolution, bassidjs, police etc…- va poursuivre les arrestations d’agitateurs.

Le régime s’étant fissuré, ses piliers, dans le même temps, devraient décider d’une trève pour mettre entre parenthèses leurs querelles, aussi bien personnelles qu’idéologiques. On pense bien sûr à Ali Akbar Rafsandjani, l’une des personnes les plus influentes en Iran, qui aurait bien voulu profiter de la crise pour affaiblir durablement Ali Khameneï, dont il brigue la succession.

On pense également à Mir Hossein Moussavi, le candidat malheureux, qui cherchera certainement à négocier une place au gouvernement pour certains de ses partisans. Mais le camp Ahmadinelad consentira-t-il à accéder aux demandes des « vaincus ».

Ce prochain gouvernement sera investi fin juillet début aout par le Parlement. Une guérilla des députés n’est alors pas à exclure. S’ensuivra une sorte de trève imposée par l’été et le ramadan.

Mais dès la rentrée, la situation pourrait de nouveau se tendre à Téhéran. Après le discours de Barack Obama devant l’Assemblée générale des Nations unies fin septembre, le monde entrera dans un dangereux compte-à-rebours.

Déjà, Israël cherche à profiter de « l’escroquerie électorale » iranienne pour que ses alliés occidentaux renforcent leurs pressions contre le régime de Téhéran, accusé de vouloir se doter de l'arme atomique à des fins militaires. 

Peut-on imaginer un début de négociations sérieuses entre l'Iran et l’administration Obama à l’automne ? Si rien n’est jamais exclu, pareille hypothèse paraît aujourd’hui peu réaliste. Dans ces conditions, la fenêtre d’opportunité pourrait se refermer d’ici la fin de l’année, date-butoir que s’est fixée Obama pour juger du « sérieux » de Téhéran pour répondre ou non à sa main tendue.

Après les émeutes que vient de vivre Téhéran, les conséquences de frappes occidentales contre les installations nucléaires iraniennes ont changé. Certes, dans un premier temps, une bonne partie de la population, sévèrement contrôlée alors par les Gardiens de la révolution, resterait solidaire d’un pouvoir attaqué. Mais il n’est pas sûr que ce lien, même alimenté par un nationalisme de ressentiment contre "l'ennemi agresseur", tienne bien longtemps.

Les Iraniens ont vu en Moussavi une carte pour le changement. Cette carte, pour l’instant, n’a pas été payante. Mais leur colère est loin d’être apaisée. Demain, ils pourraient saisir l’opportunité d’une action militaire contre un régime, qui risque d’ici-là de s’enfoncer dans l’autisme, pour redescendre dans la rue.

17.06.2009

Iran : la Russie et la Chine soutiennent Ahmadinejad

La prudence du président américain provoque un débat aux Etats-Unis Nicolas Sarkozy dénonce " l'ampleur de la fraude " électorale





 

Fortement contesté dans la rue depuis la tenue de l'élection présidentielle du 12 juin, qui vaut à Téhéran des accusations de fraude mettant en jeu la légitimité même du régime, Mahmoud Ahmadinejad compte ses soutiens à l'extérieur comme à l'intérieur du pays.

A l'étranger, les réactions aux troubles politiques en Iran sont très contrastées. Elles reflètent un découpage que le président iranien s'était lui-même attaché à conforter ces quatre dernières années, en nouant pour l'Iran des alliances et des rapprochements économico-politiques avec des pays contestant un ordre mondial dominé par l'Occident et les valeurs qu'il professe.

Alors que, face à la montée des protestations intérieures en Iran, les pays occidentaux ont mis l'accent, ces derniers jours, à des degrés divers, sur l'idée d'une manipulation électorale d'ampleur en Iran, M. Ahmadinejad a recherché et obtenu l'appui de Moscou et de Pékin à sa réélection. Mardi 16 juin, alors que son pays continuait de traverser une secousse politique inédite depuis la révolution de 1979, le président iranien s'est rendu en Russie.

Pendant que dans son pays les manifestations et des scènes de violence se poursuivaient, Mahmoud Ahmadinejad a choisi d'assister à Ekaterinbourg, dans l'Oural, au sommet de l'Organisation de la coopération de Shanghaï (OCS), qui regroupe la Russie, la Chine, et quatre Républiques d'Asie centrale.

" L'ère des empires est terminée et elle ne reviendra pas ", a-t-il déclaré à la tribune du sommet, auquel assistaient les présidents russe et chinois, Dmitri Medvedev et Hu Jintao. Les chefs d'Etat de l'OCS ont adressé leurs félicitations au président iranien pour sa réélection, a annoncé mardi une porte-parole du Kremlin.

La Russie avait auparavant, par la voie de son ministère des affaires étrangères, commenté que " l'élection iranienne est une affaire intérieure ", et qu'elle se " félicitait d'accueillir le président iranien sur le sol russe " pour " son premier déplacement à l'étranger " depuis le scrutin.

En Occident, les réactions aux événements en Iran semblaient osciller entre l'espoir d'une chamboulement politique historique dans ce pays qui est au coeur des tensions au Moyen-Orient notamment en raison de son programme nucléaire, et le souci de ne pas saborder, en invoquant trop ouvertement la notion de " changement de régime ", la suite des ouvertures diplomatiques faites à Téhéran ces derniers mois, précisément pour tenter de remédier au contentieux nucléaire.

C'est ainsi que le président américain, Barack Obama, a soigneusement dosé ses propos, critiquant la tournure de la répression en Iran mais évitant de contester ouvertement la légitimité d'un dirigeant iranien avec lequel son administration pourrait avoir à mener de délicats pourparlers, secrets ou ouverts, dans les mois qui viennent. La Maison Blanche avait laissé, auparavant, le vice-président américain, Joseph Biden, prononcer des paroles beaucoup plus dures sur la nature du régime à Téhéran.

En Europe, les commentaires les plus cinglants contre le président iranien sont venus de Nicolas Sarkozy. En déplacement au Gabon, le président français a semblé définitivement couper les ponts avec M. Ahmadinejad, dont les propos sur la Shoah et la raideur sur le dossier nucléaire sont au coeur d'une relation bilatérale avec la France sensiblement dégradée. " L'ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction " des autorités iraniennes, a déclaré M. Sarkozy. " Ces élections sont une nouvelle exécrable, a-t-il poursuivi, le peuple iranien mérite autre chose ".

Le président français a ouvertement fait allusion à une possible transformation politique en Iran. " C'est un drame mais ce n'est pas que négatif d'avoir un vrai mouvement d'opinion qui essaye de se décadenasser ", a-t-il dit. La France a été en pointe, depuis 2007, pour plaider en Europe en faveur d'une politique de sanctions internationales accrues contre l'Iran.

A Paris comme dans d'autres capitales occidentales, le constat a été fait, ces derniers mois, que la nouvelle volonté de dialogue manifestée par les Etats-Unis rencontrait pour l'heure peu d'échos au sein du régime iranien. Celui-ci, constatait récemment un diplomate européen, " se sent en position de force au Moyen-Orient et juge qu'il n'a rien à céder ".

La reconduction définitive de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l'Etat semble fermer la porte à ceux qui envisageaient, au lendemain d'une éventuelle victoire de son concurrent principal, Mir Hossein Moussavi, de se rendre à Téhéran pour tenter une ouverture diplomatique majeure.

C'était du moins, notamment, l'espoir du gouvernement italien. Rome s'est ainsi limité à critiquer, mardi, les " violences inacceptables " en Iran, sans faire référence aux soupçons de fraude électorale.

Le souci de préserver la possibilité d'un échange avec l'Iran même en cas de victoire avérée de M. Ahmadinejad s'est clairement manifesté, mardi, du côté britannique. Une inflexion notable, dans la mesure où le Royaume-Uni, avec la France, se positionne généralement sur une ligne " dure " à propos du dossier nucléaire. Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a ainsi souligné que " les élections sont du ressort du peuple iranien ". Il a semblé appeler les partenaires occidentaux à une certaine retenue dans leurs prises de positions.

" Le président Obama a choisi ses mots avec beaucoup de prudence ", a remarqué M. Brown. Dans un commentaire qui semblait faire référence aux soutiens trouvés par M. Ahmadinejad en Russie mardi, il a ajouté : " Ce n'est pas une compétition entre un pro-Occident et un anti-Occident en Iran, c'est une compétition pour refléter la volonté du peuple iranien. "

Natalie Nougayrède

© Le Monde

«Ahmadinejad est un soldat, il sera sacrifié s'il le faut»

INTERVIEW

Quatre jours de manifestations, un pays qui semble se couper en deux, les manifestations continuent aujourd'hui en Iran. Mais pour Bernard Hourcade, une fracture entre Téhéran et la province semble se dessiner.

Réagir

Recueilli par SYLVAIN MOUILLARD

Des partisans de Mahmoud Ahmadinejad dimanche à Téhéran.

Des partisans de Mahmoud Ahmadinejad dimanche à Téhéran. (© AFP photo AFP)

Bernard Hourcade est géographe au CNRS et spécialiste de l'Iran. Très prudent au départ sur les accusations de fraudes formulées à l'encontre de Mahmoud Ahmadinejad, il a étudié les résultats électoraux et estime aujourd'hui que la fraude est avérée. Mais les partisans de Moussavi devront obtenir le soutien de la province pour espérer un changement durable.

La situation en Iran aujourd'hui marque-t-elle un réel changement? Y a-t-il un emballement médiatique occidental ou bien assiste-t-on à un mouvement exceptionnel?

Ce qui se passe est inédit: des fils de Khomeiny manifestent contre un autre fils de Khomeiny. Le consensus de la République islamique vole en éclat. Les manifestations obligent le régime à accepter un compromis. La position du Guide Khameini est désormais celle d'un arbitre. Son rôle va être de sauver la République islamique. Karoubi et Moussavi, qui sont aussi des fondateurs du régime, vont faire en sorte de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ahmadinejad, lui, est un soldat. Il n'est pas important et sera sacrifié s'il le faut. Mais une révolution politique ne se réalise pas en trois minutes. Il faut éviter l'enthousiasme naïf depuis Paris et ne pas envoyer au casse-pipe nos amis iraniens.

La mobilisation est-elle identique dans tout le pays? Les manifestations à Téhéran, la capitale plus réformiste, ne sont-elles pas trompeuses?

Pour l'instant, le mouvement est géographiquement isolé. Il risque de le rester si les grandes villes (Tabriz, Mashhad, Ispahan) ne manifestent pas en nombre à leur tour. S'il n'y a pas les mêmes manifestations en province dans les prochains jours, Ahmadinejad pourra se targuer d'avoir le soutien de tout le pays, hormis la capitale. Téhéran n'est pas l'Iran. Même s'il y a eu un énorme changement social en Iran ces dernières années, le passage du culturel au politique n'est pas encore automatique, notamment en province.

Pourtant, il y a eu des manifestations en province...

Oui, mais ce ne sont que quelques milliers de personnes. Cela a déjà existé au cours des trente dernières années. Il faut des centaines de milliers de personnes dans les rues, sinon on se fait tabasser. Ahmadinejad, de son côté, conserve une base sociale importante. Il a choyé les prolétaires (25% de la population vit sous le seuil de pauvreté) au cours de son mandat. L'inflation touche surtout la bourgeoisie, ceux qui ont les moyens de se payer des voitures et de l'essence.

Comment la situation peut-elle évoluer? Le Guide Ali Khamenei a proposer de recompter les voix. Cela peut-il calmer les manifestants?

Le recomptage, c'est une façon de dire que l'Iran est une démocratie qui fonctionne bien et de montrer que la plainte de Moussavi a bien été reçue. Trois scénarii se dégagent désormais:

  • - Ahmadinejad ne veut rien entendre. L'Iran se bunkerise et se radicalise, la répression contre les Téhéranais s'accentue.

  • - Moussavi est déclaré vainqueur. Logiquement, les partisans d'Ahmadinejad ne sont pas contents et on se dirige aussi vers un clash.

  • - Le Guide demande de sauver la République islamique. Un cabinet d'union nationale pourrait alors se créer.

Vous avez analysé en détail les résultats électoraux du scrutin présidentiel. Dans quelle mesure y a-t-il eu une fraude?

On a toujours surestimé la capacité de révolution en Iran. Je me méfie d'ailleurs énormément du wishful thinking. Au départ, les résultats donnés par Ahmadinejad étaient «crédibles». Mais désormais, on constate qu'une fraude lourde a été organisée et planifiée. Le dépouillement, semble-t-il, s'est déroulé normalement. Il n'y a pas eu de bourrage d'urnes. C'est au bureau centralisateur de Téhéran que cela s'est mal passé, dans la nuit de vendredi à samedi.

Comment les résultats ont-ils été truqués?

Des gens proches du pouvoir sont venus remplacer les fonctionnaires chargés de centraliser les résultats. Ils se sont basés sur la géographie électorale de l'élection présidentielle de 2005, en laissant à Moussavi des zones gagnantes, pour que la carte des résultats soit crédible. Mais on a multiplié le précédent résultat d'Ahmadinejad par x. Il est passé de 20% lors du premier tour de 2005 à 62% cette année. Les partisans d'Ahmadinejad ont paniqué au cours des quinze derniers jours de campagne quand ils ont vu la montée de Moussavi. En quelque sorte, ils ont trop bien réussi leur fraude.

16.06.2009

Le who's who du pouvoir iranien

Créé le 16.06.09 à 16h24 |
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 4 mars 2009 à Teheran
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 4 mars 2009 à Teheran/Behrouz Mehri AFP/archives

LEXIQUE - Guide sûpreme, Gardiens de la Constitution... 20minutes.fr fait le point sur les principales institutions...

La République islamique d'Iran repose sur un système politique complexe comprenant des institutions élues et non élues, le pouvoir étant globalement détenu par le Guide suprême. Focus sur une société où il n’existe aucune séparation entre la sphère religieuse et politique.

Le Guide suprême: actuellement l'ayatollah Ali Khamenei
En français, le «Guide de la révolution» (l’expression «Guide suprême» est utilisée en signe de respect mais ne figure pas dans la Constitution) est le plus haut responsable politique et religieux non élu en Iran. Cette fonction a été créée à la suite de la Révolution islamique en 1979. Désigné par l'Assemblée des experts (lire ci-dessous) pour une durée indéterminée, il règne potentiellement à vie.

En tant que plus haute autorité, il détermine la direction politique générale du pays et supervise le régime. Il a donc le dernier mot dans toutes les affaires de l’Etat. Il est le chef des armées, c'est donc à lui que revient la responsabilité de déclarer la guerre ou la paix. Il nomme, révoque ou accepte: le chef du Conseil des gardiens de la Constitution, le directeur de la radio et de la télévision de la République islamique d'Iran, ou encore les commandants des forces armées, les commandants en chef du corps des Gardiens de la révolution islamique. Il a également le pouvoir de démettre le président de ses fonctions si la Cour suprême le reconnaît coupable de violation de la Constitution. Il contrôle tout le pouvoir judiciaire puisqu’il nomme le Procureur général ainsi que le chef de la Cour Suprême.

Le président de la République islamique: officiellement, Mahmoud Ahmadinejad
Il est élu au suffrage universel pour un mandat de quatre ans. Il doit être de sexe masculin et musulman. Même si la globalité du pouvoir est détenue par le Guide la révolution, le président est à la tête du gouvernement. Certes, il ne contrôle ni le pouvoir judiciaire ni les forces armées mais il nomme et supervise le Conseil des ministres et coordonne les décisions du gouvernement. Aux yeux du monde, il est le visage du régime même s’il n’en est pas le cerveau. De plus, en tant que plus haute autorité élue du pays, le président de la République est responsable vis-à-vis de l'opinion publique alors que le Guide suprême ne l'est pas.

Les Gardiens de la Constitution: présidé actuellement par Ahmad Jannati (favorable à Ahmadinejad)
Le Conseil des gardiens de la Constitution iranien correspond, peu ou prou, au Conseil constitutionnel français. Il est composé de 12 membres désignés pour six ans: six religieux (clercs) nommés par le Guide Suprême et six juristes (généralement aussi des clercs) élus sur proposition du pouvoir judiciaire (dépendant du Guide).

Sa principale fonction est de veiller à la compatibilité des lois avec la Constitution et l'islam. Ce dernier aspect est exclusivement assuré par les six membres religieux, l'autre étant exercé par les 12 membres collégialement. Toutes les lois votées par le Parlement doivent obtenir l'approbation du Conseil des gardiens.

Les Gardiens de la révolution (islamique)
Appelés aussi Pasdaran, ils sont une organisation paramilitaire dépendant du Guide suprême. Ils ne font pas partie de l’armée iranienne régulière. Ils sont très bien équipés avec leur propre marine, armée de l'air et forces terrestres. L'actuel président d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad, était membre des Gardiens de la Révolution pendant la guerre Iran-Irak.

L’Assemblée des experts
Elle est composée de 86 membres religieux élus pour huit ans au suffrage universel direct. Elle élit et révoque le Guide de la révolution. L'Assemblée des experts a aussi le pouvoir, théoriquement, de démettre le Guide suprême de ses fonctions, mais elle est très peu sollicitée dans ce rôle en raison du mandat à vie dont dispose le chef de l'Etat iranien.

Le Parlement
Ses 290 membres sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans. Tous ses projets de loi doivent être approuvés par le Conseil des gardiens de la Constitution avant leur adoption.

Le Conseil de discernement: présidé actuellement par l’Ayatollah Rafsanjani
C’est le plus haut organe d'arbitrage politique chargé de régler les différends entre le Parlement et le Conseil des gardiens. Il est composé de six membres religieux du Conseil des gardiens de la Constitution, des chefs des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif (président de la république). Ses réunions et comptes-rendus sont confidentiels.

Personnages politiques de la crise de l’élection iranienne

Le camp réformateur :
Le rival Mir Hossein Moussavi, 67 ans, un conservateur modéré qui a fait un retour spectaculaire après 20 ans d'absence pour représenter le mouvement réformateur morcelé.
Il a été l'un des fondateurs du Parti islamique qui a soutenu l'ayatollah Rouhollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, après le départ du Shah. Il est nommé Premier ministre en 1981, l'année ayant suivi le début de la guerre Iran-Irak.
Il bénéficie d'un véritable engouement chez de nombreux jeunes aspirant à une libéralisation de la société, notamment chez les étudiants, moteur de la vague de protestation.

Les dissidents religieux
:
- Le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri qui a appelé les jeunes à poursuivre leurs manifestations pacifiquement. Pressenti à une époque pour succéder à l'imam Khomeiny, il a ensuite subi une longue assignation à résidence à cause de ses critiques du pouvoir. Mais sa voix reste entendue.
- L'ancien président Mohammed Khatami (1997-2005) a rejoint la campagne de Moussavi. Il avait essayé d'introduire des réformes mais avait été bloqué par les conservateurs. Durant l'élection, son appel pour le changement a été entendu.
Charlotte Boitiaux (avec agence)
La Révolution islamique d'Iran

Depuis 1967, Mohammad-Réza Palavi, le Shah d’Iran, règne sur le pays. Mais son pouvoir autoritaire est contesté. Sa politique d’ouverture à l’Occident, ses relations privilégiées avec les Américains ne sont pas du goût de tous, et surtout pas des intégristes religieux. La situation politique se dégrade alors peu à peu. La propagande, menée par l'ayatollah Khomeini depuis la France où il vit en exil depuis plusieurs années, reçoit un écho de plus en plus favorable dans la société iranienne. En décembre 1978, la révolution islamique débute sur fond de manifestations anti-américaines. Des grèves paralysent le pays, la rue contraint le Shah à renoncer au pouvoir et à s'exiler le 16 janvier 1979. L'ayatollah Khomeyni rentre alors de Neauphle-le-Château, dans la banlieue parisienne, où il vivait. Accueilli triomphalement à Téhéran, il instaure une république islamique nationaliste, anticapitaliste, antisioniste et anti-impérialiste, dont la législation s'inspire de la charia (la loi islamique). Le régime impérial est alors renversé et les relations avec les Etats-Unis cessent.

14.06.2009

Situation extrêmement tendue en Iran

Les partisans du candidat réformateur Moussavi ont repris leurs manifestations ce matin dans les rues de Téhéran pour dénoncer les fraudes à l’élection de vendredi. Tandis que le régime des mollahs réagit de plus en plus durement à ces manifestations, des dizaines de milliers de supporters du président réélu Mahmoud Ahmadinejad ont défilé cet après-midi dans les rues de la capitale agitant des drapeaux iraniens et scandant le nom du président ultraradical. Grand reporter et envoyé spéciale de France Info en Iran, Grégory Phillips rentre de Téhéran. Analyse et témoignage…

G. Philipps : Tard hier soir, pendant que les dernières poubelles et les dernières barricades finissaient de brûler dans les rues du nord de Téhéran, le pouvoir a procédé à une série d’arrestations dans le camp réformateur…une centaine de personnes en tout, dont une dizaine de responsables politiques proches l’ancien président réformateur Mohamad Khatami. Ces responsables auraient été libérés ce matin, mais à la mi-journée la police annonçait parallèlement avoir arrêté 60 "organisateurs des émeutes". On ne sait pas s’il s’agit de responsables politiques ou de manifestants interpellés hier dans les cortèges. Hier on a vu en plein cœur de Téhéran beaucoup de jeunes, notamment, violemment frappés et emmenés dans des véhicules de police, sans qu’on sache où ils étaient emmenés : un jeune homme rencontré hier après-midi à Téhéran nous disait : "c’est sûr, ils les emmènent à Evin", la tristement célèbre prison de Téhéran où en général sont emprisonnés les opposants.

Précisément, qu’est ce qui motive ces gens à descendre dans la rue au risque d’ailleurs de se faire arrêter ?

G. Philipps : Le premier sentiment, c’est qu’on leur a volé cette élection. L’un des slogans entendus hier à Téhéran, c’était "Moussavi, Moussavi, reprends nos votes !" Mais ça va aussi au-delà de la revendication politique. On a l’impression que c’est une énorme colère qui est train de s’exprimer, en tout cas à Téhéran. Pour l’instant nous n’avons pas d’information sur d’éventuelles manifestations dans d’autres villes du pays, que ce soit à Mashad ou Ispahan.

Colère parce que ces quatre dernières années, sous la présidence d’Ahmadinejad, les libertés individuelles ont reculé. Une police spéciale été créée pour traquer les femmes mal voilées par exemple. Colère aussi parce que la situation économique est de plus en plus désastreuse. Colère enfin parce que pour ces jeunes, qui souvent sont diplômés, bien formés (l’Iran a de prestigieuses universités) et bien il n’y a aucun débouché à la sortie. A tel point que certains de ces jeunes gens et ces jeunes filles disent que si Ahmadinejad reste encore quatre ans au pouvoir, et bien ils préfèrent partir, quitter l’Iran. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à être candidats pour aller travailler à Dubaï ou pour aller étudier aux Etats-Unis.

Qu’est ce qui peut se passer maintenant ? Est-ce que les manifestations peuvent encore grossir ?

G. Philipps : En tout cas, la répression est très forte. Hier on a vu les policiers antiémeutes, qui circulent à moto, frapper très violemment certains de ces manifestants. Il y a aussi des miliciens en civils, les bassidjis, qui sont là pour réprimer toute manifestation. Et puis la République islamique peut aussi compter sur ses pasdarans, les gardiens de la révolution. Ce sont eux qui sont véritablement en charge de la sécurité intérieure du pays. C’est une unité très importante, environ 300.000 hommes, qui peut véritablement tenir le pays.
Il faut voir enfin comment le camp conservateur va mobiliser cet après-midi et si les "pro Ahmadinejad" seront plus nombreux dans les rues que les "pro Moussavi".

Vous revenez tout juste de Téhéran, la presse n’est plus la bienvenue sur place ?

G. Philipps : Non, autant pendant les trois semaines de la campagne électorale, les journalistes étaient les bienvenues pour couvrir cette extraordinaire mobilisation, les files d’attente interminables devant les bureaux de vote - c’était d’ailleurs une superbe opération de communication pour le régime des ayatollahs - autant, tout ça est maintenant terminé.

Hier à Téhéran, le ministère de la guidance islamique nous a fait savoir que nos visas de presse ne seraient pas prolongés. Autant dire "Dehors !". Dans les manifestations, des miliciens ont volé les caméras de plusieurs journalistes étrangers. Et puis toujours pour essayer de mettre une chape de plomb, le réseau de téléphonie mobile a été complètement coupé hier soir. Impossible d’appeler ou de se faire appeler à Téhéran. Ce matin, le réseau aurait été partiellement rétabli.

Page web : Cécile Mimaut.

13.06.2009

"On ne connaît pas l'Iran"

Samedi 13 Juin 2009

Propos recueillis par Nicolas MOSCOVICI
leJDD.fr

 Spécialiste de l'Iran au CNRS, Bernard Hourcade revient pour leJDD.fr sur la reconduction de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de l'Iran. Un succès aisément acquis contre le modéré Mir Hossein Moussavi qui n'étonne pas le spécialiste, tant Ahmadinejad domine la vie politique du pays. En outre, sur la scène internationale, cette élection "ne change finalement rien à la donne".

On s'attendait à une élection présidentielle serrée en Iran, or Mahmoud Ahmadinejad semble l'avoir aisément remporté. Y'a-t-il eu fraude comme le crie le camp Moussavi?
Non, ou alors à la marge. Cette victoire "surprise" prouve surtout que l'on ne connaît pas l'Iran. On a certes vu une vague verte (la couleur du camp Moussavi, principal rival de Mahmoud Ahmadinejad, ndlr) dans les dix derniers jours de campagne, mais dix jours c'est trop peu pour faire évoluer un pays de 75 millions d'habitants. Cela témoigne d'une méconnaissance des rapports de force sociaux et politiques du pays. L'Occident, et les Etats-Unis en tête, regarde l'Iran tel qu'il voudrait qu'il soit et non comme il est réellement.

Comment expliquez-vous l'échec de Moussavi?
Contrairement à ce qui a pu se dire, Mir Hossein Moussavi n'était pas un candidat crédible contre Ahmadinejad. D'une manière un peu directe, on peut dire qu'il a été "au congélateur" pendant vingt ans (il fut Premier ministre entre 1980 et 1988, ndlr) avant que les réformateurs ne décident de l'en sortir pour cette élection présidentielle, et encore parce qu'ils n'avaient pas trouvé le bon candidat dans leurs rangs. Malgré ses qualités, Moussavi n'était qu'une roue de secours. Et c'était bien sûr insuffisant face à un Ahmadinejad qui, quoi qu'on en pense, est un véritable homme politique, actif, qui sait parler aux foules et qui possède un bilan pas si négatif que cela.

"Ahmadinejad a été le premier président iranien à envoyer un satellite dans l'espace"

Justement, quel est le bilan de Mahmoud Ahmadinejad et explique-t-il sa large victoire?
Comme dans toute action politique, il y a du positif et du négatif. Côté positif, il a su garder son image "proche du peuple". Il n'a pas "piqué dans la caisse" comme d'autres ne se seraient pas privés de le faire. Pour la catégorie la plus pauvre de la population - 20% des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté - si elle ne s'est pas enrichie lors du premier mandat d'Ahmadinejad, elle a été soutenue par le régime, qui lui a distribué des chèques. On peut parler de populisme, mais cette stratégie a payé. Et puis, j'ajoute un critère de taille: Mahmoud Ahmadinejad a été le premier président iranien à envoyer un satellite dans l'espace. Ce qui prouve aux technocrates du pays, qui ne lui sont pas forcément favorables, que l'on peut être musulman et scientifique. De quoi faire largement oublier ses incartades sur la scène internationale - la partie négative de son bilan - mais qui, en Iran, et malgré un isolement certain du pays, ne sont finalement que secondaires.

Les Iraniens se sont rendus en masse aux urnes. On aurait pu penser que ce serait pour soutenir Moussavi, or cela ne semble pas avoir été le cas. Comment analysez-vous cela?
Je ne peux pas répondre à cette question en l'état. Il est vrai que c'est surprenant, mais tant que nous n'avons pas accès au détail des votes, on ne peut tirer aucune conclusion valable.

Faut-il craindre des troubles dans le pays?
Ça et là peut-être, car Moussavi a tout de même recueilli plus de 30% des voix et qu'il conteste la sincérité du vote. Toutefois, sauf événement majeur, le problème m'apparaît limité car il n'existe pas de véritable mouvement structuré d'opposition, comme il n'y a pas non plus de structure ethnique forte capable de concurrencer le pouvoir. En outre, le déséquilibre des forces semble tel que l'opposition devra désormais patienter jusqu'à la prochaine élection présidentielle, dans quatre ans, pour espérer revenir au pouvoir. Et encore, ce sera sous le contrôle des Gardiens de la révolution.

Finalement, Mahmoud Ahmadinejad a été désigné par le peuple iranien comme le plus capable pour faire face aux Etats-Unis...
Absolument. Moussavi a, je pense, été jugé trop pro-Américain par les électeurs. Les Iraniens ont des arguments sophistiqués. Nombre d'entre eux, les jeunes en tête, sont ouverts à une certaine idée de la mondialisation, mais pas à n'importe quel prix. Les Iraniens ne veulent pas vivre comme en Californie! Or, Ahmadinejad est le seul dirigeant capable de défendre les intérêts nationaux de l'Iran - et l'Iran est un pays très nationaliste - sans risque de se soumettre à un diktat des Etats-Unis.

"On ne choisit pas ses adversaires..."

Depuis son entrée en fonctions, Barack Obama, qui soutenait Moussavi, a multiplié les gestes d'ouverture vis-à-vis de l'Iran. Ce vote est-il un aveu d'échec pour la diplomatie américaine?
Non, mais on ne peut pas changer en six mois trente ans d'isolement de l'Iran sur la scène internationale. En ramenant l'Iran au centre au jeu, Barack Obama a fait une analyse courageuse de la situation au Moyen-Orient. Il semble avoir tiré les leçons de trente ans de fiasco. La victoire d'Ahmadinejad ne change finalement rien à la donne, si ce n'est que les Américains vont devoir continuer à traiter avec quelqu'un d'assez réactionnaire, retranché derrière ses barricades. Mais au moins ont-ils la certitude de se trouver face à un partenaire solide, ce qui est certes difficile, mais finalement plus lisible...

Et sur la question précise du nucléaire iranien?
Je note une volonté exceptionnelle de l'administration Obama de réussir dans ce dossier. Les Etats-Unis veulent réellement négocier pour faire bouger les choses. Mais là encore, après trente ans de "containment", passer à une culture de dialogue est difficile. Il s'agit d'un virage à 180°. Toutefois, les Etats-Unis ont compris que l'Iran existait et qu'il fallait faire avec. Il s'agit d'une différence fondamentale avec les pays européens - et la France notamment - qui considèrent que le dialogue avec l'Iran passe par un changement de régime. Or, l'élection présidentielle vient de prouver que le régime politique iranien était bien en place.

Jusqu'où peut aller la communauté internationale face à un leader iranien belliqueux et ouvertement antisémite?
On ne choisit pas ses adversaires... C'est effectivement un problème, même si je pense qu'il ne faut pas survaloriser les sorties fracassantes de Mahmoud Ahmadinejad. Je pense, même s'il ne s'agit bien évidemment pas de les défendre, que les propos d'Ahmadinejad doivent être replacés dans un contexte régional très particulier. En tenant des propos antisionistes et antisémites, le président iranien, qui possède une culture rustre des relations diplomatiques, ne fait, hélas, que dire tout haut ce que les populations de certains pays - la Syrie ou l'Egypte devant l'Iran - pensent tout bas.

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Mahmoud Ahmadinejad remporte la présidentielle en Iran

De Aresu EQBALI – Il y a 1 jour

TEHERAN (AFP) — Le président sortant Mahmoud Ahmadinejad a remporté samedi haut la main l'élection présidentielle en Iran dès le premier tour, dominant son principal rival Mir Hossein Moussavi qui a dénoncé vigoureusement des "irrégularités".

Le guide suprême et numéro un du régime islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, qui avait apporté indirectement son soutien à M. Ahmadinejad, 52 ans, a parlé de "vraie fête" après la réélection du président ultraconservateur pour un nouveau mandat de quatre ans.

En signe de protestation aux résultats, des milliers de partisans de M. Moussavi sont descendus dans la rue dans le centre de Téhéran, alors que des heurts ont opposé dans des quartiers de la capitale les supporteurs de l'ancien Premier ministre à la police, selon des témoins et des correspondants de l'AFP.

Selon le ministre de l'Intérieur Sadegh Mahsouli, M. Ahmadinejad a recueilli 24.527.516 voix (62,63%), sur un total de 39.165.191 suffrages exprimés, dont 409.389 ont été invalidés.

L'ex-Premier ministre Moussavi, un conservateur modéré revenu sur le devant de la scène politique après un retrait de 20 ans, est arrivé deuxième en remportant 13.216.411 voix (33,75%), a-t-il ajouté.

Le conservateur Mohsen Rezaï a recueilli 1,73% de voix et le réformateur Mehdi Karoubi 0,85%. Ce dernier a jugé les résultats "illégitimes" et "inacceptables".

La participation a été de 85%, "un record", selon M. Mahsouli.

Le ministère de l'Intérieur n'a fait état d'aucune irrégularité dans le scrutin.

Mais M. Moussavi a protesté "vigoureusement contre les irrégularités visibles et nombreuses", et affirmé qu'il était de son "devoir religieux et national de révéler les secrets de ce processus dangereux et d'expliquer ses conséquences destructrices sur le destin du pays".

"Les gens sont conscients et ne se plieront pas face à ceux qui arrivent au pouvoir en trichant", a dit M. Moussavi, qui avait après la clôture du scrutin revendiqué une large victoire.

Il a aussi lancé un appel au calme à ses partisans.

Malgré l'interdiction par la police de tout rassemblement de partisans d'un candidat après la clôture du scrutin, plusieurs milliers de supporteurs de M. Moussavi se sont rassemblés dans le centre de Téhéran, lançant des slogans hostiles au gouvernement, selon une une journaliste de l'AFP sur place.

Criant "dictature, dictature" ou encore "démission du gouvernement de coup d'Etat", une partie des manifestants a bloqué l'avenue Vali-e Asr, l'une des plus grandes de la capitale.

Plus au sud, quelques centaines de jeunes qui manifestaient près du ministère de l'Intérieur ont été dispersés brutalement par la police, avant de se rassembler à nouveau, a constaté un autre journaliste de l'AFP.

De jeunes manifestants affrontaient la police dans d'autres endroits de Téhéran. "Moussavi, Moussavi, récupère nos votes", scandaient les manifestants, pour la plupart des jeunes et dont certains ont mis le feu à des poubelles.

La police a chargé les manifestants à la matraque sans toutefois pouvoir les disperser.

La campagne électorale s'était déroulée dans un climat acerbe entre candidats mais aussi dans une atmosphère festive, à un niveau jamais vu en 30 ans de République islamique. Elle avait aussi reflété des divisions profondes sur l'avenir de l'Iran après quatre ans de mandat Ahmadinejad.

A Washington, le président américain Barack Obama, qui souhaite un dialogue ferme mais direct avec Téhéran, avait estimé qu'un "changement" était "possible" dans les relations bilatérales, quel que soit le vainqueur du scrutin.

Mais en Israël, ennemi juré de l'Iran, le vice-ministre des Affaires étrangères Danny Ayalon a affirmé que "s'il y avait encore un espoir d'un changement en Iran, la réélection d'Ahmadinejad montre que la menace iranienne est d'autant plus grave".

Iran : des milliers de partisans de Moussavi manifestent à Téhéran

Plusieurs milliers de partisans de Mir Hossein Moussavi, candidat malheureux à l'élection présidentielle iranienne, se sont rassemblés samedi place Vanak, au centre de Téhéran, lançant des slogans hostiles au gouvernement.
Criant "dictature, dictature" ou encore "démission du gouvernement de coup d'Etat", une partie des manifestants a bloqué l'avenue Vali-e Asr, l'une des plus grandes de la capitale, qui traverse la place Vanak.

Plus au sud, quelques centaines de jeunes qui manifestaient près du ministère de l'Intérieur ont été dispersés brutalement par la police, avant de se rassembler à nouveau.
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Pour information,
Téhéran est une ville qui est à 1100 mètres d'altitude pour la zone sud, le centre ville est à 12NNmètres et la zone nord s'étale entre 1200 et 1600 mètres.
Les classes pauvres sont dans le sud et les classes riches vivent dans le nord.... A Téhéran, l'ascension sociale n'est pas un vain mot. Quand vous donnez le quartier où vous habitez, on vouit tout de suite votre niveau... de revenus. C'est naturellement une simplification mais elle traduit l'essentiel à comprendre. En général, les journalistes occidenrtaux (comme les expatriés) restent toujours au-dessus de 1400 mètres. Vous comprendrez quel Téhéran ils connaissent....
Toujours pour expliquer, Téhéran est une grande ville entre 10 et 15 millions (les pro-mollahs disent 15 et quelques occidentaux). Mais l'Iran c'est aux alentours de 70-75 millions d'habitants. C'est dire que le vote téhéranais ne représente qu'une petite partie et si vous ajoutez le sud et le nord, etc... Nos journalistes ne connaissent que Téhéran et éventuellement Isfahan, voire Shiraz. C'est dire l'image peu  représentative qu'ils ont de l'Iran dont ils tirent cependant des "explications avisées"....
Ainsi la place Vanak est vers 1300 mètres et ce sont donc les classes riches (mais ils préfèrent envoyer leurs enfants : c'est moins risqué pour eux) qui se retrouvent place Vanak...

Iran : Ahmadinejad, comme prévu depuis longtemps, réélu avec 65%

13.06.2009

Si l’on en croit les différents sites d’info en Iran, Ahmadinejad serait réélu haut la main avec le score que nous avions annoncé il y a une semaine sur ce site : plus de 65% des suffrages avec un taux de participation dépassant les 75 % !

 
© WWW.IRAN-RESIST.ORG
Selon le régime des mollahs, « l’élection a tourné au plébiscite pour le système et ses valeurs fondamentales, l’islamisme et l’exportation de la révolution, toutes deux inscrites aux programmes des 4 candidats ! le taux de participation serait entre 75 et 90% ! Le régime a annoncé l’impression de 11 millions de bulletins supplémentaires pour satisfaire l’afflux incessant des électeurs ! L’heure de fermeture initialement prévue pour 18 heures a été repoussée quatre fois : d’abord à 19h, puis à 20h et ensuite à 21h, puis enfin à minuit pour répondre à cette demande. »

En fait, le régime a artificiellement fixé la fermeture, normalement programmée à 22h, à 18 heures pour pouvoir la repousser plusieurs fois et évoquer une participation monstrueusement inattendue. Cette mise en scène a été complétée par la publication en continu de témoignages très enthousiastes des électeurs.

Voici quelques exemples publiés sur les sites de Fars News et de l’IRNA : « un vieux patriote dit qu’il est venu voter pour le président qui a amélioré l’économie, une jeune étudiante pro-Moussavi affirme que quel que soit le résultat, ce sera la victoire du peuple contre les ennemis de notre régime islamique. On a aussi rapporté que des gens se battaient dans les queues pour passer devant les autres pour ne pas être surpris par la fermeture des bureaux de vote (dans les mosquées) ! La ferveur aurait commencé à l’aube, les gens étaient arrivés une heure avant l’ouverture, au point qu’Ahmadinejad lui-même aurait fait la queue pendant 40 minutes avant d’arriver devant l’urne ! On le donnait gagnant à 14h déjà sur la base d’un décompte partiel dans la région rurale de Hormozgun ! A 18 heures, on évoquait le désespoir du camp de Moussavi qui aurait incité quelques-uns de ses partisans proches des sionistes de crier à la fraude pour déshonorer la communion du peuple et du pouvoir ! »

Sur le terrain| Cette littérature officielle ne correspond pas à la réalité : La région de Hormozgun déteste le président car elle a souffert de plusieurs tremblements de terre et d’inondations sans qu’Ahmadinejad n’envoie de secours appropriés. Cette annonce correspond en fait à la justification de la victoire d’Ahmadinejad grâce aux votes des régions. Téhéran évoque aussi une forte participation dans les grandes villes comme Téhéran, or, plusieurs habitants de la capitale ont entrepris des tournées des bureaux de vote pour vérifier ces annonces.

Ils ont découvert que les journalistes étrangers avaient été parqués à la Mosquée Hosseynieh Ershad (ci-dessous) où le régime renouvelait des fournées de 200 figurants qui votaient en flux continu : ce sont les images de ce bureau très reconnaissable que l’on voit en boucle sur les télés françaises ! -RESIST.ORG

 © WWW.IRAN-RESIST.ORG
Mais à 3 minutes aux alentours, d’autres bureaux de votes étaient vides alors qu’ils étaient situés dans des quartiers résidentiels à très fortes densités. Ainsi on a rapporté à la mosquée Al Ghadir du quartier de Mir-Damad une quarantaine de personnes en une heure d’observation et la même chose dans le quartier de Gholhak qui a une densité 10 fois supérieure au quartier d’Ershahd.

Les observateurs ont également signalé le même niveau très bas de participation dans le centre (Mosquée Al Javad ou Hassan Asgari). Les choses ont été plus désastreuses pour le régime dans les quartiers pauvres comme les places Shoush ou Khorassan, où selon les observateurs, il y avait moins de 10 personnes par heure ! De plus ces observateurs sont partagés et pensent qu’il s’agissait en partie de figurants pour attirer les passants.

Taux de participation| Les plus optimistes des observateurs ont évoqué une participation de moins de 10% à Téhéran, et des votes principalement enregistrés par des retraités qui avaient peur de se faire supprimer leurs pensions et des fonctionnaires ou ouvriers des usines d’Etat qui avaient peur d’être licenciés, ce qui équivaut à un désastre dans la situation actuelle.

Selon nos informations, on peut aussi y ajouter des Iraniens résidant à l’étranger qui avaient peur que le régime refuse de renouveler leur visa ou empêchent leurs transactions bancaires. L’un dans l’autre, on reste bien en dessous de 12%, mais malheureusement, on ne peut connaître l’ampleur du boycott car comme toujours, les urnes du régime étaient opaques !

Les résultats officiels| Sur le plan pragmatique, c’est encore Mahmoud qui est sorti vainqueur des urnes opaques et prébourrées du régime (nous l’avions annoncé en mai 2009). Que l’on ne pleure pas pour l’autre candidat, le soi-disant modéré Moussavi, il était présent uniquement pour donner un parfum de pluralisme à cette élection dont l’objet était de légitimer le refus de dialogue avec Obama. Désormais, le régime peut continuer dans cette voie en vertu du vote exprimé par au moins 60% des électeurs Iraniens. Nous avions annoncé ce chiffre ainsi que celui de la participation il y a une semaine. En fait, nous n’avons pas de pouvoir magique : c’est mathématique ! Avec au moins 60% de voix et un taux de 85% de participation (ou 67% de voix et un taux de 75% de participation), Mahmoud disposerait exactement de plus de 50% de toutes les voix disponibles. C’est une majorité absolue.

Ce souci de détail vient des origines bazaries du clergé iranien. Les mollahs font de la comptabilité : c’est pourquoi les autres chiffres de cette simulation démocratique sont aussi très importants. Téhéran a placé à la seconde place Moussavi le conservateur modéré avec moins de la moitié du nombre de voix d’Ahmadinejad. Les autres candidats ont fait moins d’3% (le réformateur Karroubi étant dernier avec 0,87%) !
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Le message du régime| Ahmadinejad dispose ainsi d’une légitimité supérieure à l’ensemble de ses adversaires. La défaite de Moussavi est nette : il a perdu à cause de son propre discours et non à cause des deux autres candidats (Karroubi et Rezaï). Officiellement, Moussavi devra se remettre en question !

L’opposition entière est officiellement hors-jeu, amoindrie, divisée, en proie aux doutes sur sa future stratégie ! Nous avions également annoncé ce KO technique qui permettra au régime d’avoir les mains libres pour refuser tout dialogue ou compromis (via Ahmadinejad).
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à venir| Nous avions également annoncé que cette réélection allait rebooster les faux opposants au régime. Cette autre prévision se confirme par la publicité donnée par le régime lui-même à la vague verte de jeunes pro-Moussavi qui deviendra bientôt une fausse révolution de velours pour un changement en douce sur le plan interne.

Téhéran avait déjà inventé les faux opposants, il nous offre des faux révolutionnaires qui imitent ceux de l’Europe de l’Est, mais comme tous les simulateurs fabriqués à Téhéran, ils sont hostiles à un changement de régime ou à la dénonciation des vrais crimes du régime comme la lapidation, les pendaisons publiques, les humiliations publiques, ou la pédophilie dépénalisée. Le plus terrible est que ces salauds qui aident le régime pour lui donner une image sexy et moderne seront choyés par Washington pour aider une entente.


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La comédie électorale est finie, elle reviendra dans 3 ans pour les législatives. Nous aurons alors à nouveau droit aux facéties de ces candidats aux programmes identiques que nos compatriotes avaient surnommés Mir Hossein Karroubi-nejad !

 

 

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