28.03.2009

La modernisation du parti socialiste et de ses outils de campagne

Arnaud Montebourg, secrétaire national à la rénovation
&
Olivier Ferrand, président de Terra Nova

Séminaire « from campaign to governance »
(Center for American Progress, Washington, 8-9 mars)

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La campagne de mobilisation menée par Barack Obama a permis une formidable revitalisation de la démocratie américaine. Elle a également permis un succès électoral majeur. Les innovations de cette campagne sont-elles transposables en France ? Pour une grande part, certainement.

Dans ce but, le parti socialiste doit réfléchir à la mise en chantier de quatre grandes réformes

A. Introduire un système de primaires ouvertes

Aux Etats-Unis, c’est la primaire qui crée la dynamique. C’est elle qui permet de susciter et de structurer la mobilisation. Sans la primaire, impossible de déployer deux millions de militants sur le terrain pour l’élection générale, impossible de taper à plusieurs millions de portes, impossible de dialoguer en direct avec 69 millions de citoyens.

Le PS a déjà fait un premier pas dans cette direction, avec l’organisation de la primaire de 2006. C’était une primaire fermée, réservée aux militants. Elle a pourtant suscité un réel engouement.

Peut-on franchir le Rubicon en organisant une primaire ouverte pour 2012 ? D’autres partis de gauche l’ont déjà franchi en Europe. La Grèce, avec deux primaires déjà organisées. Et l’Italie, deux également. Ces exemples montrent qu’une primaire ouverte aux sympathisants produit, en Europe comme aux Etats-Unis, un formidable effet de dynamique. Dynamique électorale. La puissance de mobilisation de l’investiture de Romano Prodi par 4 millions de citoyens, ou d’Obama par 35, est incomparable à la désignation par 200.000 socialistes français. Et dynamique démocratique : une telle primaire répond au désir de participation citoyenne et de prise en charge individuelle de la réussite de la campagne.

L’exemple américain montre également que la codification de ces primaires doit se faire le plus tôt possible, à froid. C’est en effet l’équipe dirigeante du Parti Démocrate autour du nouveau président du parti Howard Dean, après l’échec cuisant de 2004, qui a décidé une stratégie de remobilisation du corps électoral dans tous les Etats par une primaire rallongée et à la configuration augmentée. Il est donc concluant d’affirmer que les règles du jeu doivent être imaginées non pour tel ou tel candidat, mais au contraire dans l’intérêt général stratégique d’une remobilisation du camp de gauche. Plus on se rapproche donc de l’échéance, plus les enjeux personnels des candidats potentiels viennent perturber cette codification et dégradent les règles arrêtées.


B. Investir dans le militantisme de terrain

La campagne de Barack Obama a montré la voie d’une révolution militante. Le parti socialiste est bien placé pour se l’approprier : il a une grande tradition de militantisme de terrain, il est déjà structuré à travers un réseau dense de sections locales. Pour s’engager dans cette voie, il faut :

- Déployer des équipes professionnelles de campagne sur le terrain.

Leur absence rend impossible la structuration d’une mobilisation militante. C’est une antienne de présidentielle : on ne sait pas quoi faire de ses militants. Une organisation de terrain similaire à celle de la campagne Obama est transposable : elle coûterait environ 5 M€, soit, comme pour Obama, 25% du plafond de campagne. Elle peut être gagée notamment sur la réduction du nombre des grands meetings de campagne, aux coûts exorbitants (près d’1 M€ par meeting) et à l’efficacité limitée.

- Moderniser les méthodes militantes.

Les méthodes actuelles (tractage, « pare-brisage », boitage) sont dépassées.

Selon les statistiques américaines, le tractage rapporte une voix tous les 100.000 tracts distribués, à comparer à un ratio de 1 sur 14 pour le porte-à-porte !

 

Il faut axer les campagnes sur le contact direct avec l’électeur, notamment sur le porte-à-porte par les militants.

 

L’enjeu pour le parti socialiste est de convertir sa formidable énergie pour les conquêtes de positions locales en outil de conquête nationale. Il faut donc se préparer à transposer le porte à porte municipal sur l’échelle d’une campagne nationale.

Le militantisme de masse n’aurait pu voir le jour dans la campagne Obama sans internet pour gérer le « back office » de l’organisation.C. Réorganiser le parti autour de son système d’information et du réseau social de ses militants

 

Tous les outils internet de la campagne Obama sont réplicables en France.

 

Ainsi, l’organisation et le « système d’information » du parti doivent être construits autour de son site internet et du réseau social interne des militants : vidéos, mailings, mobile, présence sur les nouveaux médias et dans les réseaux sociaux externes.

 


Le militantisme de masse n’aurait pu voir le jour dans la campagne Obama sans internet pour gérer le « back office » de l’organisation.
C. Réorganiser le parti autour de son système d’information et du réseau social de ses militants
 

Tous les outils internet de la campagne Obama sont réplicables en France.

 

Ainsi, l’organisation et le « système d’information » du parti doivent être construits autour de son site internet et du réseau social interne des militants : vidéos, mailings, mobile, présence sur les nouveaux médias et dans les réseaux sociaux externes.

 

Nous attirons également l’attention sur le fait que rien, en droit, n’empêche aujourd’hui le parti de se constituer une base de données électorale.

 

D. Préparer la campagne 4 ans avant l’échéance

Une campagne ne s’improvise pas.

 

Le Parti démocrate, sous l’impulsion de Howard Dean, a préparé la présidentielle pendant quatre ans.

 

Il a pensé, réalisé et testé la plupart des outils de la campagne :

·         un réseau social interne (« party builder »), préfiguration de MyBO ;

·         la présence sur les réseaux sociaux externes type Facebook ;

·         un programme de petits dons en ligne (« democracy bonds ») ;

·         un programme de porte-à-porte (« Neighbor to Neighbor ») qui a été intégré tel quel dans MyBO ;

·         la constitution de la base de données Catalist utilisée par Barack Obama.

 

Howard Dean a aussi déployé le Parti démocrate dans tout le pays (« 50-state strategy ») afin de mieux structurer le travail de terrain.

 

Il a enfin modifié les règles des primaires afin d’éviter que les votes dans les premiers Etats de la campagne ne soient décisifs : l’objectif explicite était de faire durer les primaires, afin de les utiliser pour labourer le pays et optimiser ainsi la préparation de l’élection générale.

Dans cet esprit,
le parti socialiste doit maintenant s’atteler à cette mère des batailles, en élaborant dès maintenant ses outils stratégiques de campagne.

 

 

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Commentaires

Eh, 4 ans ... on est déjà en retard (ou presque)!
Sans vouloir transposer directement, il me semble que le développement "Party Builder" était indépendant du Parti Démocrate (système américain oblige).

Ecrit par : Pascal Schmitt | 31.03.2009

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