03.03.2009

Europe : le PS veut enterrer la hache de guerre

Un texte a été voté à une large majorité


Une fois dissipées les aigreurs nées de la constitution de leurs listes, les socialistes comptent sur les élections européennes de juin pour sceller enfin la disparition du clivage entre adversaires et partisans du projet de constitution européenne de 2005.

" Les querelles institutionnelles ne sont plus de saison car l'ordre du jour de la nouvelle mandature est économique et social ", insiste le texte d'orientation adopté le 28 février par le conseil national du PS, par 215 voix pour, deux abstentions et aucune voix contre. Quant au traité de Lisbonne, dont la ratification, fin 2007, fut au coeur d'un affrontement entre parlementaires socialistes, il constitue " une donnée, mais ne saurait borner l'ambition des socialistes pour l'Europe ".

La volonté de donner du sens à ce scrutin amène aussi les socialistes à désigner un adversaire : José Manuel Barroso. Le président de la Commission européenne est décrit comme " un homme de droite dont le libéralisme économique, le conservatisme et l'atlantisme ne sont plus à prouver ".

Anticipant sur la mise en oeuvre du traité de Lisbonne, qui prévoit que le président de la Commission devra être choisi au sein de la majorité du Parlement européen, le PS défend la candidature de Poul Nyrup Rasmussen, ancien premier ministre danois et président du Parti socialiste européen (PSE).

Pour Henri Weber, député européen sortant qui conduira la liste PS dans la région Centre, " la crise économique qui a pour effet de rétablir le clivage droite-gauche nous impose de politiser la campagne ". Il s'agit de dépasser les anciennes querelles mais aussi de signifier que " le nouveau cours mondial et la crise rendent caduc le compromis historique avec la droite " autour de la construction européenne.

Les socialistes français estiment que la réhabilitation du rôle de la puissance publique les remet en phase avec les partis sociaux-démocrates. " Ils ne nous considèrent plus comme des gauchistes ", sourit Jean-Christophe Cambadélis, qui se félicite de l'émergence d'un " keynésianisme vert continental ".

Le secrétaire national aux questions internationales souligne que la gauche européenne soutient désormais l'idée d'un salaire minimum dans chaque pays (égal à 60 % du salaire médian) en attendant un salaire minimum européen. Et préconise le principe d'une harmonisation fiscale.

Mettre en exergue une opposition entre progressistes et conservateurs au plan européen vise aussi à mobiliser l'électorat socialiste. Certaines de ses composantes, admet-on au PS, risquent d'être tentés par un " vote défouloir " en faveur de la gauche de la gauche, des Verts voire du MoDem, " qui veulent seulement protester, témoigner ".

La campagne socialiste, dans laquelle Martine Aubry va s'impliquer - " la première secrétaire sera partout ", assure M. Cambadélis - sera lancée le 21 mars lors d'une convention nationale. Le 24 avril, toutes les têtes de listes européennes du PSE se retrouveront à Lille.

Jean-Michel Normand

© Le Monde

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