21.01.2009

Des stratégies multiples jusqu'ici incapables de sauver les établissements financiers


LES BANQUES, au coeur de l'une des plus graves crises depuis l'après guerre, font, depuis l'automne 2008, l'objet de plans de sauvetage massifs et inédits.

Les gouvernements, aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon, ont engagé des centaines de milliards de dollars, d'euros, et de yens, pour éviter une " crise systémique ", c'est-à-dire l'effondrement de tout le système financier, poumon de l'économie.

Toutefois, en dépit de ces sommes colossales, aucune option n'a, à ce jour, démontré sa pleine efficacité. Les pertes des banques continuent à se creuser. Ces dernières restent incapables de prêter aux ménages et aux entreprises, l'une des conditions de la reprise. Quelles sont les différentes stratégies déployées jusqu'ici par les Etats pour sauver les banques ? Et pourquoi n'ont-elles pas, ou pas encore, fonctionné ?

Le rachat des actifs toxiques. C'est l'objet de l'initiative américaine, le TARP (Troubled asset relief plan), décidé à l'automne 2008 par Henry Paulson, secrétaire au Trésor américain et Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, pour sauver Wall Street. L'Etat devait consacrer 700 milliards de dollars (540 milliards d'euros) environ pour racheter les " actifs pourris " des banques, les fameux crédits hypothécaires (subprimes) et leurs dérivés, à l'origine de leurs pertes. Une telle stratégie avait déjà été menée pour sauver le système bancaire nippon dans les années 1990 et les Caisses d'épargne américaines à la fin des années 1980.

Mais les économistes ont critiqué le plan Paulson, le jugeant ingérable. " Il n'y a pas de marché pour ces crédits, comment l'Etat peut-il déterminer un prix qui ne soit pas arbitraire ? ", constate Augustin Landier, professeur à l'université Stern de New York. Fixer un prix trop élevé lèse l'Etat et le contribuable, tandis qu'un prix trop faible floue les établissements.

Cette option de rachat des actifs toxiques est toutefois à nouveau envisagée sous une forme un peu différente dans le nouveau plan du premier ministre britannique, Gordon Brown. Afin de purger le système bancaire, Londres veut isoler et assurer les pertes des banques liées à ces actifs pourris, jusqu'à une certaine limite. Ainsi, ce plan ne fixe pas de prix pour ces actifs douteux.

Une autre option vise aussi à mettre en place une " bad bank " (mauvaise banque) au sein même de l'établissement concerné pour cantonner ses actifs. Les banques UBS, Dexia, Citigroup, ou Bank of America y ont recours, l'Etat prenant à sa charge une partie des pertes.

Les injections de capital, et les nationalisations. Il s'agit d'allouer aux banques du capital public, pour les renforcer. En échange, l'Etat devient actionnaire et peut aller jusqu'à nationaliser les établissements, comme ce fut le cas pour Northern Rock au Royaume-Uni, des banques islandaises, irlandaises ou des Pays-Bas. " C'est la solution la plus urgente, estime Philippe Dessertine, directeur de l'Institut de haute finance (IHFi). Mais si l'objectif est aussi de les forcer à prêter, l'Etat n'a pas de réel pouvoir de s'assurer que les sommes injectées ne s'évaporent et financent bonus et dividendes. "

La garantie des dettes des banques. Les Etats ont par ailleurs proposé de garantir les prêts sur le marché interbancaire. Les sommes n'étant déboursées qu'en cas de défaut, un Etat peut s'engager sur des montants colossaux (320 milliards d'euros en France) espérant que, sauf catastrophe, seule une faible partie sera dépensée. Mais ces plans " ne peuvent être que temporaires ", souligne Gilles Moëc, économiste chez Bank of America. Surtout, par leur ampleur, ils " risquent de faire peser un risque de crédibilité des Etats, de banqueroute ", juge Augustin Landier.

Claire Gatinois

© Le Monde

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