LES EXPLICATIONS ne sont venues que beaucoup plus tard. Dimanche après-midi 21 décembre, des dizaines de policiers et d'agents en civil ont fait irruption au Centre des défenseurs des droits de l'homme (CDDH), une ONG créée en 2002 à Téhéran, par le Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi et cinq autres avocats iraniens qui défendent depuis des années, gratuitement, les prisonniers politiques.
Près de 300 invités étaient attendus dans les locaux pour la remise d'un prix à un militant des droits de l'homme. La police a fait évacuer, apposant des scellés plombés sur l'entrée. Dans la soirée, les autorités judiciaires ont justifié cette fermeture en accusant le centre de se livrer à des " activités illégales ", ainsi que l'a précisé l'agence de presse Mehr.
Shirin Ebadi, qui n'était pas présente lors de l'intervention policière, a condamné cette action, annonçant que le centre portera plainte. Le Prix Nobel de la paix tiendra également une conférence de presse mardi.

Pourquoi cette brusque fermeture d'un centre qui publie régulièrement des rapports sur la situation en Iran ? " Parce que, dans le contexte actuel de répression, il est devenu la seule voie de recours pour protester contre les arrestations et toutes les exactions ", nous a confié à Paris, Karim Lahidji, avocat proche de Shirin Ebadi et président de la Ligue de défense des droits de l'homme en Iran (LDDHI). " L'Iran, ajoutait M. Lahidji, a atteint un record d'exécutions, pratiquement une par jour, y compris de mineurs et de simples d'esprit. Les minorités - notamment les Baha'is, dont les chefs sont détenus depuis dix mois - , les étudiants, les politiciens indépendants : personne n'y échappe. "
Selon M. Lahidji, " toute tentative d'ouverture est réprimée : la campagne de récolte de signatures des femmes pour l'égalité a conduit à la condamnation de 42 d'entre elles. Des dizaines de journaux ont été fermés. Et ce pourquoi ? Parce qu'ils dénonçaient une crise économique qui a fait des millions de nécessiteux et la progression de l'usage de la drogue, qui frapperait 20 % de la population. Mais la pauvreté et la drogue sont aussi des atteintes aux droits de l'homme ".
Shirin Ebadi elle-même est sous pression constante depuis des mois, selon ses proches. Outre les coups de téléphone anonymes de menaces, à plusieurs reprises le ministère des renseignements lui aurait demandé avec insistance de fermer les bureaux du CDDH. Ce qui aurait précipité l'intervention policière, estime M. Lahidji, serait la dénonciation en règle de la situation des droits de l'homme en Iran effectuée devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York le 18 décembre. Dénonciation basée sur un rapport du secrétaire général, Ban Ki-moon, qui lui même reprenait des rapports fournis par le centre de Shirin Ebadi.
Marie-Claude Decamps
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