17.12.2008
Le PS cherche comment limiter la casse aux élections européennes

Par Stéphane Alliès
· Le ciel s'éclaircit à peine qu'arrivent les prochains nuages. Dans six mois maintenant, la nouvelle direction du PS va connaître son premier "test électoral", avec les européennes de juin prochain. Martine Aubry, qui a réunit ce mardi son premier bureau national, sait que ce scrutin a tout d'un piège, tant le PS va devoir batailler pour renouveler le score du parti en 2004 (29%), obtenu dans la foulée de la marée rose des régionales (21 régions sur 22).
Début décembre, un premier sondage Ifop-Paris Match a placé le PS au coude-à-coude avec l'UMP, autour de 22%, avec des listes MoDem (12%), écologiste (11%) recueillant de forts scores, tout comme à un degré moindre l'extrême gauche (LCR/NPA 8% et LO 4%) et l'extrême droite (7%). Sans parler du possible front entre le PCF (4%) et le Parti de gauche avec Jean-Luc Mélenchon.
Difficile en raison de la concurrence électorale, ces européennes le sont aussi pour la vie interne du parti. La répartition des postes éligibles entre les différents courants, comme les thèmes et les orientations de campagne risquent ainsi de ressusciter les démons diviseurs du passé.
Encore dans l'installation d'ici la fin de l'année, le chantier ne devrait commencer à Solférino que début janvier, sous la houlette des strauss-kahniens Jean-Christophe Cambadélis et Christophe Borgel, secrétaires nationaux aux affaires internationales et aux élections. Peu avant le conseil national, l'eurodéputé Bernard Poignant, président du groupe socialiste au Parlement (proche de François Hollande) a rédigé une note pour Martine Aubry, listant ses recommandations pour limiter la casse.
· «Ce n'est pas une présidence de conseil général!»
Première annonce directement inspirée de ce rapport, annonce faite dès le discours au conseil national de la nouvelle première secrétaire: «les élus devront s'engager à ne pas abandonner leur mandat pour un siège national». Lors de la dernière mandature, ils furent six au PS à délaisser Strasbourg pour devenir député ou sénateur, comme Pierre Moscovici ou le premier fédéral de l'Hérault Robert Navarro. Et si l'on en croit le décompte réalisé par L'Express l'année dernière, les socialistes sont diversement assidus à l'hémicycle européen.
Selon Bernard Poignant, également auteur d'un discours remarqué sur le sujet lors du congrès de Reims, «les socialistes français doivent être au niveau de leurs homologues européens. Cela suppose de prendre au sérieux cette fonction d'eurodéputé. Ce n'est pas une présidence de conseil général!» Et de préconiser «le moins de parachutage possible et la meilleure prise en compte possible de la régionalisation du scrutin, avec des candidats bien répartis et implantés dans les territoires des grandes circonscriptions électorales».
Si lui ne se représente pas, il appelle «à tenir compte des sortants, car l'expérience compte à Strasbourg» et estime que les listes devront être validées «au plus tard avant mi-février». Poignant plaide enfin pour des élus ne cumulant pas d'autres fonctions («pas pour des raisons morales, mais parce que personne ne le fait dans les autres pays»), et souhaiterait, «sans s'illusionner», que la composition des listes ne se fasse pas «en fonction du vote des motions comme critère premier».
· Campagne de gauche, ligne de gauche!»
Pourtant, le délicat exercice de la constitution des listes sera la première épreuve pour le navire majoritaire, pris dans les flots agités de la minorité royaliste, aux aguets. L'eurodéputé Vincent Peillon, proche de Ségolène Royal, veut croire à une réunification du parti pour l'occasion: «C'est sûr qu'on a pas pris un bon départ, mais il est inenvisageable d'entrer dans cette campagne divisé. La règle de la représentation proportionnelle devra s'appliquer pour les listes, c'est le seul moyen de ne pas ressortir les querelles». «On a des candidats à proposer, et on attend que les discussions commencent», explique celui qui est candidat pour prolonger son mandat, que certains disent menacé.
Mais quand bien même elle serait tentée d'imposer sa ligne majoritaire comme au conseil national, Martine Aubry doit composer avec l'électorat "royaliste" au sein de son propre parti. Un "sous-électorat" qui, selon l'étude Ifop pour Paris Match, pourrait ne pas voter PS à 40%.
Chez les soutiens de la maire de Lille, la composition des listes présentent des pommes de discorde. Comme en région Île-de-France, où le porte-parole Benoît Hamon et le secrétaire national à la coordination Harlem Désir intriguent d'ores et déjà pour s'assurer la tête de liste, l'autre ne pouvant être que troisième, parité oblige. Tous deux eurodéputés sortants et tous deux dans le quatuor entourant Aubry (avec les députés François Lamy et Arnaud Montebourg), leur rivalité devra se régler dans la sérénité, sous peine d'avoir des conséquences sur la gestion de la direction socialiste. Mais le problème ne pourra pas se régler sans le parachutage de l'un d'eux.
Benoît Hamon reconnaît la difficulté de la tâche, mais relativise: «On sait depuis longtemps que ça va être un exercice compliqué. Il y a 31 sortants, beaucoup à renouveler et d'autres qu'on aimerait faire monter pour rénover le parti. Et il y a six sièges en moins qu'en 2004 dans le contingent français. On ne fera pas de miracles…» Pour lui, «il n'y a qu'une réponse si on veut être efficace et tenter de faire aussi bien. Revenir aux fondamentaux: campagne de gauche, ligne de gauche!»
Mais la "volonté gauchère" d'Hamon n'est pas forcément partagée par tous. Bernard Poignant par exemple considère que «face à Besancenot le noniste qui va en rajouter des tonnes sur le traité de Lisbonne d'un côté, et Bayrou le ouiste qui va nous faire le couplet du seul pro-Européen qui vaille, la seule façon de sortir de l'étau est d'assumer notre ligne sociale-démocrate réformiste».
Un autre piège serait en effet de se laisser enfermer dans les débats ravageurs pour le PS autour du Traité constitutionnel européen. Et sur ce point, Martine Aubry entend dépasser ce lourd clivage interne, comme elle s'est appuyée sur le dépassement de celui-ci pour porter sa motion au congrès de Reims, regroupant proches de DSK (pro-TCE) et proches de Fabius (anti-TCE).
Le secrétaire national aux élections Christophe Borgel estime lui-aussi que «vue la configuration électorale, courir derrière la concurrence, c'est le meilleur moyen de la faire grimper». D'après lui, «le récent sommet du PSE à Madrid a dicté la ligne et a engagé les socialistes européens sur la voie d'une autre Europe. Il n'y a donc pas lieu de ressasser sur le traité de Lisbonne pour qu'il nous divise comme le référendum européen». Un traité, dont le vote au parlement en janvier dernier avait à nouveau divisé les parlementaires socialistes et entraîné la démission de Benoît Hamon de son poste de secrétaire national à l'Europe.

Borgel semble avoir la solution au problème: «La question de ces élections pour nous, c'est comment répondre à la crise économique et sociale. C'est là-dessus qu'on doit mettre le paquet, pour changer en France l'image de l'Europe dérégulatrice et imposer celle d'une Europe protectrice, comme le déclare le Manifesto du PSE».
Pourtant, ledit Manifesto constitue un programme plus modéré à gauche que semble ne l'être le parti «ancré à gauche» qu'aime à définir Martine Aubry. Et tous s'accordent sur la nécessité de le «décliner nationalement». Comme le résume Bernard Poignant: «On n'est pas obligé de mettre tous la même chose derrière les mêmes mots. Le Manifesto évoque un "cadre européen pour les services publics". Dans notre programme national, il y a plus de chances que nous proposions "une directive cadre sur les services publics"». Vincent Peillon acquiesce: «Il doit y avoir une articulation avec le Manifesto, mais nous devons avoir un discours sur nos spécificité. L'enjeu majeur, c'est d'être à gauche».
Les relations avec les "partis frères" de la social-démocratie européenne semblent encore un problème pour les eurodéputés français. À l'université de La Rochelle en août dernier, Alain Richard taclait d'ailleurs ses camarades du PS sur le sujet.
L'ancien ministre de la Défense de Lionel Jospin devenu vice-président du PSE notait alors que «Nous manquons d'oxygène européen dans le PS», tout en l'appelant à davantage s'impliquer dans ses activités, comme à «davantage mettre en relation les militants français avec leurs homologues de nos partenaires européens». Toutefois, Richard appelait aussi le PSE au Parlement à se «réinscrire dans une logique de rapports de force avec la droite».
En bon président du groupe socialiste à Strasbourg, Poignant relève de son côté que «les eurodéputés français doivent aussi tenir compte de la diversité de situations des différents partis membres du PSE: il y en a qui gouvernent, d'autres qui sont en coalition, et d'autres dans l'opposition. Cela oblige aussi au compromis». Mais pour Benoît Hamon, «c'est bien le consensus mou qu'il faut éviter».
Il encourage Martine Aubry «à prendre l'initiative d'un vrai débat avec nos partenaires sur notre vision européenne commune». Car selon lui, «il y a un certain nombre de dirigeants sociaux-démocrates qui incarnent le conservatisme, et qui confondent la nécessité de renouer avec le peuple avec du populisme».
Vincent Peillon, ancien noniste lui-aussi, ne dit pas autre chose, pointant du doigt l'Espagnol Jose-Luis Rodriguez Zapatero comme le Portugais Jose Socrates, «qui sont dans une logique de soutien à Jose-Luis Barroso avec laquelle on ne peut pas être en accord. La sortie de crise de l'Europe passera par le retour du clivage au Parlement».
http://www.mediapart.fr/journal/france/171208/le-ps-cherche-comment-limiter-la-casse-aux-elections-europeennes
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Commentaires
Excellent article d'ouverture de session ... les débats sont ouverts. Des arbitrages devront être rendus pour que tous les candidats socialistes puissent parler harmonieusement. Je crains malheureusement que les compétitions de place ne rendent ces débats incantatoires et fermés.
Ecrit par : Pascal Schmitt | 17.12.2008
Pourquoi être pessimiste ?
je crois que les pistes données par le chef de file (sortant et qui ne se représente péas) Bernard Poignant, sont à regarder de près :
- «les élus devront s'engager à ne pas abandonner leur mandat pour un siège national». cela me semble nécesssaire pour bien montrer l'importance qu'on attache à la composante européenne. C'est un poste important où l'on est volontaire poru représenter les socialistes et non un strapontin en attendant mieux.
- avoir une implantation locale et régionale. On peut critiquer le découpage actuel mais il existe et il me semble que les candidats que nous allons choisir doivent d'abord bien représenter bien le territoire qu'ils sont censés représenter. Il faut arrêter ces "parisiens" qui se transforment en provinciaux à la veille de chaque élection. Comme si dans les territoires, on aurait pas les ressources humaines suffisantes et qu'on devrait être "aidés".
- renouveler la représentation du PS en permettant l'accès de ces postes d'élus à des catégories socio-professionnelles sous-représentées dans les élections nationales (députés et sénateurs) comme d'ailleurs pour les minorités visibles. Il va de soi que la parité à 50% hommes-femmes n'est qu'un point de départ mais obligatoire.
J'ajouterai que, sauf cas particuliers, nous devrions faire "tourner" les représentant au parlement européen afin de ne pas en faire une "réserve".
Le pourcentage de 40% de nouveaux élus me semble intéressante comme c'est le cas pour nos instances dirigeantes. Ce pourcentage serait aussi un objectif à atteindre pour toutes les élections. Soit une manière de compléter l'optique "cumul des mandats".
La rénovation c'est aussi cela.
Naturellement dans ce cas des européennes, on peut aussi mettre en oeuvre la représentation proportionnelle des courants en fonction des résultats nationaux des motions.
Mais cette "clé de répartition" ne doit être utilisée qu'après avoir pris en comte les paramètres indiqués ci-dessus.
Ecrit par : Robert | 17.12.2008
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