08.12.2008
TRIBUNE : « Game over » (Jacques Fleury)
Vincent Peillon aurait déclaré ce jour que le « texte d'orientation du Parti socialiste, adopté samedi par le PS, représentait une "régression intellectuelle comme on n'en a pas vu depuis des années dans le parti". » (Associated Press).
Mon premier réflexe a été de penser : « si Vincent parle de régression, nous sommes sur la bonne voie ! » Car « régression » dans sa pensée veut dire retour aux sources du socialisme. Retour qui, au moment où les crises alimentaire, écologique, financière, industrielle montrent l’échec du capitalisme, devrait s’imposer.
J’invite ceux qui le peuvent à lire le texte d’orientation adopté par le Conseil National sur le site du Parti socialiste. Pour des socialistes exigeants ce texte peut encore susciter quelques réserves, mais objectivement l’ancrage est nettement à gauche, tant sur le fond que sur les alliances et même sur la conception du parti. Cette fois la majorité du parti se constitue avec sa gauche et non contre elle.
A l’évidence les partisans de Royal ont du mal à accepter cette nouvelle orientation : pensez donc, il est même question de socialisations dans les secteurs d’activité où le marché est incapable de répondre aux enjeux de la société ! On imagine mal Bayrou accepter une telle politique ! Ou c’est qu’on nous l’aurait changé ! Or les « royalistes » souhaitent rendre possible une alliance avec le Modem que le texte du parti refuse.
Comme il refuse que le parti devienne « un parti au service d’une candidature », comme il insiste sur le principe de la proportionnalité de la cotisation aux revenus. Inutile de nier ce que le Monde qualifie des « trois lignes de fracture » entre Aubry et Royal.
Le désaccord ne porte pas, comme on a voulu nous le faire croire, sur la personne de Royal. La preuve en est que Ségolène a recueilli presque 50% des votes militants sur son nom. Il porte sur la politique qu’elle proposait au parti. Le refus de cette politique a réuni plus de 70% des militants à Reims, majorité confirmée logiquement par les votes en Conseil National par 146 voix contre 72.
Ce désaccord justifie qu’il y ait une majorité et une minorité clairement définies. Et que les minoritaires restent dans l’opposition.. Evitons de rejouer les synthèses bâtardes façon Le Mans.
Faut-il continuer le congrès comme le voudrait Peillon ?
Selon lui le texte adopté par le parti est "un texte qui ne fait aucune proposition, qui ne s'est même pas rendu compte que Barack Obama avait été élu, et continue de critiquer le bushisme", qui oublie "le thème de l'éducation" et qui contient "plusieurs fautes d'orthographe dès la première page" !
Les camarades qui voudront bien lire le texte constateront que non seulement les propositions sont nombreuses, mais que l’Education Nationale et la formation font l’objet du 2è paragraphe du titre II. Quant à Obama, dans son discours devant le Conseil National (à consulter sur le site du PS), Martine Aubry consacre tout un passage à la nécessité de lui donner la main. Quant aux fautes d’orthographe, c’est évidemment un argument déterminant !
On voulait le renouvellement des dirigeants : le nouveau secrétariat non seulement est paritaire mais très nettement rénové : 60 % de ses membres font leur entrée pour la première fois à la direction du parti ; 40 % ont moins de 40 ans ! Oubliant les nouveaux venus largement majoritaires, Peillon critique la présence de ceux qui selon lui ne sauraient incarner le renouvellement, les Cambadelis, Bartolone, Lebranchu auxquels il aurait sans doute préféré les Mermaz, Guérini et autre Collomb !
La « guéguerre » va-t-elle encore se poursuivre longtemps ? « Game over » ! Comme le suggère Benoit Hamon, le PS en a assez d’être secoué ! Il est temps de se mettre au travail.
Etat de grâce
Ce matin, la presse parisienne offre un contraste surprenant.
Libération titre sur le PS: « c’est mal parti » ! A l’appui de ce titre un sondage qui, à quatre ans de l’élection présidentielle, place DSK en tête des candidats socialistes avec 25%, suivie de Royal (15), Delanoë (15) et Aubry (10).
Le même jour Metro, un gratuit très lu à Paris affiche un titre « Martine Aubry en état de grâce ! » qui s’appuie sur un autre sondage. A la question : « Etes vous satisfait, assez satisfait, assez mécontent, très mécontent de l’action de X comme dirigeant ? » la réponse est : Aubry en tête avec 56% de réponses favorables, devant Besancenot (52%), Delanoë (51%), Bayrou (49%) Voynet, 47%) Hamon (41%), Buffet (46%) Hollande (35%), Montebourg (33%), Valls (33%) Royal (32%).
Je vous l’accorde, çà ne veut pas dire grand chose ! L’essentiel n’est pas de gagner dans les sondages – on l’a vu en 2006/2007 ! L’essentiel est de proposer au pays une dynamique qui lui fasse espérer un véritable changement !
Jacques Fleury
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