25.10.2008
La responsabilité militante
Chaque socialiste ressent un profond malaise devant l’évolution de la République Française. Ses fondateurs avaient judicieusement décidé qu’elle serait constitutionnellement « une et indivisible ». Une seule nation non divisible en communautés diverses, régionales, philosophiques, confessionnelles, ethniques, corporatistes, dans laquelle il n’y aurait donc aucun écran entre le citoyen et la République, aucun obstacle que ne manquerait pas de lever l’existence d’une « communauté » quelle qu’en soit la nature. Dans un Etat où le communautarisme s’installe, ce n’est plus le citoyen qui s’exprime, c’est chaque communauté indépendamment de l’opinion de chacun de ses membres. En conséquence le citoyen, l’individu n’a plus d’opinion propre, n’a plus les moyens de l’exprimer librement et la République n’est donc plus démocratique.
Je suis convaincu que tous les socialistes, tous les hommes de gauche craignent la dérive communautariste à laquelle on assiste et à laquelle participe d’ailleurs l’action du Président Sarkozy
Or les mêmes causes provoquant les mêmes effets, le Parti Socialiste connaît la même dérive antidémocratique. Le parti socialiste est aujourd’hui « communautariste ». Sans doute nos « communautés » ne sont ni confessionnelles ni ethniques, ni régionales ! Nos « communautés » sont les clans qui cohabitent dans le Parti. J’ai bien dit des « clans » et pas des courants. Les courants ont leur justification politique puisqu’ils sont le moyen d’expression de ceux qui partagent une même analyse politique. Mais les « clans » ou si l’on préfère les « écuries présidentielles » n’ont pas d’autre justification politique que la défense et la promotion d’un candidat ou d’une candidate. Le parti semble de plus en plus être l’addition de ces clans, de ces réseaux, de ces grosses ou petites fédérations curieusement « homogènes » !
Le comportement des militants socialistes dans ce cadre s’éloigne tout naturellement du comportement démocratique. A partir du moment où le militant qui vote dans sa section, fait passer, avant son opinion de citoyen socialiste, avant son jugement politique quant à l’orientation de son parti, d’autres considérations « communautaires » – l’appartenance ancienne ou récente à un réseau, la solidarité avec tel ou tel candidat, le lien clientéliste avec tel ou tel élu, la peur de fâcher tel ou tel – la démocratie interne au parti socialiste est faussée. Dans ces conditions, la politique du parti risque de ne plus être le reflet de l’opinion des militants. Elle n’est que le compromis momentané entre grands ou petits féodaux venus aligner au congrès le nombre de leurs affidés.
Or l’existence d’un parti comme le nôtre repose sur la conviction que les décisions sont prises démocratiquement. Mais il est difficile de reconnaître le caractère démocratique d’une décision si le sentiment qui s’installe n’est plus que chaque militant s’exprime en son âme et conscience mais qu’il se prononce en fonction d’autres critères. A quoi sert un Congrès si dès à présent on sait que l’engagement de tel ou tel grand ou petit « féodal » entraînera tel résultat ! Par ailleurs l’histoire montre qu’il ne faut jamais se fier aux féodaux ! Leur attachement ne se mesure souvent qu’à leur intérêt.
La conséquence évidente d’une telle dérive sera l’impossibilité de définir une véritable ligne politique majoritaire acceptée par l’ensemble du parti, tout simplement parce que les votes des uns et des autres seront détournés de l’objet réel d’un congrès. Elle sera immanquablement l’aggravation des divisions.
Ceux qui ont vécu le Congrès de Rennes savent que s’il a été aussi catastrophique c’est parce ce qu’il n’y avait pas de véritable différence d’orientation politique entre le camp Jospin et le camp Fabius. Le congrès de Rennes était essentiellement une querelle d’hommes et l’opposition de clans formés autour d’eux. Les militants qui s’étaient laissés entraîner dans cette querelle étaient aussi responsables que leurs chefs. Et tout naturellement le Congrès de Rennes n’a rien réglé ! De même si demain, les militants se prononcent dans des conditions identiques, le résultat sera analogue. Les questions de candidature ne seront pour autant pas réglées car on peut annoncer sans crainte d’être détrompé, qu’au lendemain du congrès chaque clan se repliera sur sa propre stratégie.
La sagesse – mais est-elle encore possible dans ce parti- serait de définir une ligne politique sans ambiguïté, détachée dans l’immédiat des enjeux électoraux, capable de redresser notre image dans l’opinion publique, pour que le moment venu le candidat qui sera choisi puisse en bénéficier. A défaut nous passerons encore trois ans à donner au pays le tableau d’un parti tourné vers ses querelles de personnes. Chaque militant socialiste porte donc une énorme responsabilité.
Jacques Fleury
23:03 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Jacques,
merci pour ce beau texte sur la valeur militante ,sur le courage qu'il va nous falloir jusqu'au congrès et j'espère après.
Tirons-en tous les conséquences.
Peu importe ce que nous avons (du parfois pour certains)signé.
Votons!Votez selon votre conscience et votre coeur de militant socialiste et non selon que l'on vous a "conseillé","incité","poussé" à signer comme motion.
C'est ce que je dirai à ABBEVILLE lundi 27 ,c'est ce qu'il faudra dire à AMIENS et ailleurs jusqu'au 6 novembre pour que vive le parti socialiste. Diffusons ton texte qui peut même se passer de commentaires....
Ecrit par : bagarreurdelasomme | 26.10.2008
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