03.10.2008

Marilyse Lebranchu : Cessons les faux débats

Vendredi, octobre 3, 2008, 12:55

Tribune parue dans L’Humanité du 3 octobre 2008

La France souffre. Chaque nouvelle annonce, chaque nouveau projet de Sarkozy est une nouvelle régression sociale, une attaque contre nos libertés publiques, un piétinement de la laïcité. Pas un jour sans une démonstration de plus de la volonté de faire triompher le libéralisme et ses valeurs dans notre pays. Taxation des revenus de l’épargne, privatisation de la Poste sont les quelques exemples des dernières semaines. Tout cela dans un contexte économique et social dramatique qui voit se succéder les crises (subprimes, alimentaires, énergétiques, immobilières, militaires…) et qui reste sans réponse de l’Etat.

Nombreux sont ceux qui au PS estiment qu’il est temps de proposer aux Français une autre perspective, une nouvelle orientation.

Pour cela, il nous faut retrouver le chemin de la politique, du débat, de la confrontation.

La première étape consiste à redonner au PS sa force et son assise sociale, restaurer son corpus idéologique, retrouver le sens du travail collectif, définir clairement ses alliances électorales.

Ces conditions de reconquêtes politiques passent par la constitution d’une majorité d’idées et de projets pour le PS, une majorité cohérente l’ancrant à gauche actant son obligatoire rénovation, le renouvellement de ses responsables, une majorité qui estime qu’il ne faut pas présidentialiser le Parti.

On dit le PS moribond, en panne d’idées, je le conteste. J’en cite quelques unes : la revalorisation du SMIC, la conditionnalité des versements d’exonérations de charges à la conclusion d’accords sur les salaires ; l’élargissement de l’assiette des cotisations sociales patronales à tous les revenus en créant une CSG patronale en remplacement des cotisations sociales employeurs…Nous remettrons en cause les mesures injustes de la loi TEPA, les stocks-options devront supporter les mêmes charges que les salaires et nous travaillerons au rallongement des durées d’indemnisation du chômage en période de récession.

Au-delà du PS, c’est l’ensemble de la gauche politique, syndicale, associative et mutualiste qu’il faut remettre en mouvement.

La gauche est forte quand elle sait se conjuguer au pluriel. Pluriel dans l’élaboration du projet politique que nous aurons à porter devant les Français, pluriel dans son expression pour restaurer la prééminence des valeurs de gauche dans le débat public, pluriel dans l’émergence de nouveaux responsables. C’est notre premier objectif politique. Nous ne faisons pas de préalable à la constitution d’un grand parti de la gauche. Notre préalable est la recherche d’une ligne nouvelle et fédératrice des forces de gauche, ouvertes à toutes celles et tous ceux qui souhaiteront prendre des responsabilités gouvernementales. La question de son organisation institutionnelle est ouverte. Mais pour cela, cessons les faux débats.

Fondamentalement, je crois mortifère pour la gauche de continuer à faire vivre artificiellement une opposition entre les tenants du Oui et du Non à l’occasion du TCE, sauf à estimer que nous n’avons plus rien à faire ensemble. Face aux dérèglements du Monde, à la folie de la financiarisation de l’économie, il est nécessaire d’aller vers plus d’Europe sociale et politique qui prenne les difficultés des citoyens à bras le corps.

Nous devons mettre la monnaie au service de la croissance et de l’emploi par une modification des statuts de la BCE, faire progresser l’Europe sociale par la mise en place d’un salaire minimum dans chaque membre de l’Union, améliorer les conditions de travail et s’engager à réduire le travail précaire.

Une Europe sans industrie n’aurait pas de sens. Les succès d’Ariane et d’Airbus incitent à déployer une véritable politique industrielle européenne, dans une logique de conquête, d’innovation, d’indépendance et de création, et non dans une routine de concentration de l’existant. La lutte contre le changement climatique sera sans doute la source de nombreux développements nouveaux, autant que les logiciels, les industries de santé ou les matériaux. C’est donc d’un plan européen d’investissements dans la recherche comme dans les infrastructures dont nous avons besoin.

Les élections européennes de juin 2009 ont une importance particulière, car c’est maintenant que l’Europe définit son budget et ses principales politiques – politique agricole commune, politique de cohésion – pour la période 2013-2020. Mais surtout, c’est l’occasion pour la gauche européenne d’incarner un nouvel espoir en conquérant la majorité au Parlement en proposant une orientation rompant avec les recettes néolibérales, et donc peser sur la désignation de la Commission. C’est pour cela que les élections européennes de 2009 sont aussi importantes que les élections américaines de 2008.

 

pour signer la motion, ici  

 http://www.changeragauche.net/

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