02.10.2008
Faut-il brûler Vincent Peillon ?
Vincent Peillon vient de réussir une prouesse peu banale : ce jeune lieutenant de Ségolène Royal (il n'est pas encore quinquagénaire) est parvenu à déclencher une furieuse polémique avec un essai conceptuel, exigeant, presque savant, intitulé « La Révolution Française n'est pas terminée » (1).
Qu'un homme d'appareil professionnel, tacticien déjà chevronné, se trouve ainsi au centre d'une querelle académique acharnée, cela ne se produit pas tous les dix ans. Il est vrai que Vincent Peillon est le prototype même de l'intellectuel socialiste entré en politique, muni d'une agrégation et d'un doctorat.
La ruse diabolique de Vincent Peillon est d'avoir, avec le titre de son livre, agressé une des icônes de la gauche intellectuelle de la génération précédente, le grand historien François Furet : celui qui avait proclamé que « La Révolution française est terminée », signifiant par là que, avec l'enracinement de la IIIe République, la Révolution l'emportait définitivement. Vincent Peillon ne l'entend pas de cette oreille et prend un malin plaisir à contester point par point toute les thèses brillantes (souvent convaincantes) de Furet : la supériorité de 1789 sur 1793, l'échec politique flagrant de la IIe République, l'aveuglement des interprétations marxistes traditionnelles de la Révolution. Du coup, Le Nouvel Observateur s'émeut, les historiens prennent parti, Vincent Peillon rompt des lances avec une mauvaise foi allègre.
Son livre mérite pourtant mieux qu'une trop habile mise en scène.
Il n'a pas tort quand il démontre que ni Marx ni Tocqueville n'ont pris la mesure de ce que signifiait la Révolution de 1848, même s'il n'a pas raison lorsqu'il les confronte à 1789 : l'apport de Tocqueville, comme d'ailleurs celui de Furet, est là-dessus aussi novateur que décisif. D'ailleurs, l'ambiguïté de l'ensemble de « La Révolution française n'est pas terminée » est que la polémique recherchée occulte largement la réflexion engagée.
Car Vincent Peillon touche juste lorsqu'il décortique les liens entre le socialisme et le libéralisme. Il intéresse et il intrigue quand il revendique même le libéralisme au nom du socialisme, rencontrant ainsi par hasard un thème mis en avant par Bertrand Delanoë, son adversaire dans la lutte féroce au sein du PS. Il exagère bien entendu lorsqu'il dénie presque aux libéraux le droit de se réclamer du libéralisme : toujours la volonté de choquer pour s'imposer dans le débat.
Le plus original est cependant ce qui concerne le supplément d'âme que Vincent Peillon cherche à accrocher au socialisme républicain. Conscient des limites du projet socialiste actuel, il voudrait pouvoir lui restituer une dimension quasi spirituelle, presque transcendantale.
Il s'appuie pour cela sur les socialistes utopiques du XIXe siècle (Fourier, Leroux, Louis Blanc), mais aussi sur l'historien Edgar Quinet, sur le philosophe Charles Renouvier, sur le sociologue Emile Durkheim, sur le président du Conseil radical Léon Bourgeois et, bien entendu, sur Jaurès.
A sa manière, Peillon le philosophe rêve d'une dimension néoreligieuse du socialisme, en toute laïcité, bien sûr. Est-ce ce qui l'a séduit chez Ségolène Royal ?
20:09 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Ecrire un commentaire