L'Etat s'est-il précipité pour sauver Dexia ? A-t-il payé trop cher pour secourir une banque dont la France ne détenait que 12 % et qui était contrôlée et gouvernée par la Belgique ? Aurait-il pu procéder différemment ? L'accord négocié dans la nuit de lundi 29 à mardi 30 septembre n'est-il pas excessivement favorable au camp belge ?
Mercredi 1er octobre, les autorités politiques et financières françaises ne pouvaient s'empêcher de s'interroger sur les contours du sauvetage à 6,4 milliards d'euros, dont 3 milliards d'euros à la charge de la France (2 milliards pour la Caisse des dépôts et consignations, 1 pour l'Etat, qui sera, finalement, levé sur les marchés), de la banque franco-belge Dexia.
Tout, en effet, est allé très vite, pour éviter une faillite qui aurait certainement déclenché une panique bancaire en Belgique, mis en péril le financement des collectivités locales françaises et, finalement, ébranlé tout le système bancaire européen.
Si personne n'a grand-chose à dire sur la méthode - un exemple réussi de coopération politique transfrontalière -, les termes de l'accord négocié dans l'urgence sont, en revanche, plus discutés.
" L'opération a été conduite en des temps records, avec une grosse pression des autorités belges qui souhaitaient que la France, berceau du Crédit local de France - la banque qui a donné naissance à Dexia, après sa fusion avec le Crédit communal de Belgique, en 1996 - , assume un maximum de responsabilités même si elle n'était plus qu'un actionnaire minoritaire ", témoigne un participant aux négociations. " Et puis, ajoute-t-il, on n'avait pas le choix, il fallait intervenir. L'Elysée et le ministère des finances voulaient agir pour enrayer la crise, dans un climat de tensions extrêmes. C'était une affaire de 24 heures ! "
De fait, quand la France est avertie des problèmes de liquidités de Dexia, dans la soirée de vendredi 26 septembre, l'Europe est en train d'être gagnée par la crise financière venue des Etats-Unis. La banque belgo-néerlandaise Fortis est au bord de l'asphyxie et le plan américain de sortie de crise, censé soulager le système financier mondial, commence à susciter de vifs débats outre-Atlantique.
Après deux réunions à distance, organisées en urgence dans le week-end, un conseil d'administration de crise est convoqué lundi 29 septembre au soir, en Belgique. A leur arrivée à Bruxelles, Augustin de Romanet, le directeur général de la CDC, et Emmanuel Moulin, le représentant du ministère des finances, ont la surprise d'y trouver le premier ministre belge, aux côtés des ministres des finances belge et luxembourgeois. La discussion s'annonce délicate.
Après de longues heures de discussions, un accord est trouvé. Le curseur de la recapitalisation est arrêté sur 6,4 milliards d'euros. La somme est élevée mais elle confère à Dexia - dont le total de bilan atteint 623 milliards d'euros -, un coussin de sécurité d'un milliard nécessaire pour faire face à ses risques futurs, et un ratio de solvabilité confortable de 14 %.
La France a payé une quote-part élevée dans l'opération et n'obtient qu'une minorité de blocage avec 25 % du capital. Mais à 5 heures du matin à l'Elysée, Nicolas Sarkozy valide l'accord, conscient d'avoir évité le pire.
Anne Michel
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