26.06.2009

Du rififi au Ministère...

Pour être clair...sur les opinions sur l'Iran en France et essayer de comprendre pourquoi le problème est complexe :

" Les problèmes ne cherchent pas les gens, ce sont les gens qui cherchent les problèmes. "

 On subodorait que l’approche radicale de certains cercles dirigeants français sur l’Iran ne faisait pas l’unanimité. En voici une nouvelle preuve.

La Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense (DAS) n’autorise plus certains chercheurs, qu’elle avait l’habitude de solliciter, à écrire des analyses sur l’Iran. La DAS les considère trop « favorables à Téhéran, ou pas assez critiques » sur la question du nucléaire, qui oppose la République islamique à la communauté internationale.

Mais cette censure mécontente fortement d’autres départements au ministère, notamment la Direction des renseignements militaires (DRM), qui regrette que leur maison se prive de telles sources d’informations.

La DRM l’a fait savoir en envoyant une « note blanche » au ministre de la Défense, Hervé Morin, au chef d’état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, et à Bernard Bajolet, le coordonnateur du renseignement à l’Elysée.

Ironie de l’histoire, l’un des chercheurs censurés, Bernard Hourcade, a été invité à plusieurs reprises aux Etats-Unis ces derniers mois pour « briefer » quelques-uns des principaux responsables du dossier Iran, le général David Petraeus, et les diplomates Denis Ross et William Burns.

Un comble! Pourquoi?

La DAS est dirigée depuis 2007 par Michel Miraillet, ancien numéro deux de l’ambassade de France en Israël, à l’époque où Gérard Araud, haut-responsable du Quai d’Orsay, était l’ambassadeur.

Considérés par leurs collègues diplomates comme des « néoconservateurs à la française », les deux hommes ne cachent guère leur approche très dure contre l’Iran, focalisée sur le nucléaire, en oubliant les autres composantes de l’équation iranienne. D’où la mise à l’écart de spécialistes, qui s’attachent justement à mettre en perpective les aspirations de Téhéran à posséder la bombe.

« On est malheureux, reconnaît-on à la DRM. Il y a une censure intolérable à la DAS sur l’Iran », se plaint un de ses responsables.

Cette affaire n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les spécialistes de l’Iran n’ignorent pas que sur ce dossier, il y a le politiquement correct et le reste.

« Au Quai d’Orsay, mieux vaut également durcir le ton contre Téhéran, si on veut être entendu de sa hiérarchie », nous confiait récemment un diplomate qui suit le dossier iranien. François Nicoullaud, ambassadeur de France en Iran entre 2001 et 2005, avait eu le tort de ne pas se plier à la règle. « On ne l’écoutait pas à Paris », ajoute ce diplomate. Son analyse, étayée par une très bonne connaissance du terrain, était pourtant loin d’être dénuée d’intérêt.

Cette distorsion de la réalité iranienne n’est pas sans rappeler celle qu’on pratiquée les néo conservateurs américains sur l’Irak avant la guerre de 2003. Elle inquiète les plus réalistes dans les allées du pouvoir à Paris. Mais ils n’ont pas voix au chapître.

Sur l’Iran, la parole est captée par les « apôtres de la lutte anti prolifération », qu’ils soient à l’Elysée, au Quai d’Orsay ou au Commissariat à l’énergie atomique, et dont beaucoup ont été formés à « l’école du désarmement soviétique ».

Leur prédominance explique en grande partie pourquoi la France est à l’avant garde dans la confrontation avec l’Iran. N’oublions pas les propos maladroits de Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, dès l’automne 2007 sur la nécessite de se préparer à la guerre, si Téhéran n’assouplissait pas sa position sur le différend nucléaire.

Iran: une révolte étouffée, et après?

manif iran.jpgLa menace d’une répression « décisive » semble avoir eu raison de la révolte lancée, après les fraudes qui ont permis à Mahmoud Ahmadinejad d’être réélu président de la République islamique d’Iran, il a dix jours.

Il ne pouvait guère en être autrement. Le mouvement de fronde n’était pas organisé. Il n’avait pas de leader. Et peu de relais en province.

Même si certains slogans scandés par les manifestants, tels –Allah Akbar (Dieu est grand), rappelaient les heures pré révolutionnaires de 1978, avant la chute du Shah, on est encore loin d’une nouvelle révolution, qui aurait balayé le régime des mollahs. Peu d’Iraniens d’ailleurs souhaitent une seconde révolution, aux lendemains brutaux.

Cela étant, rien ne sera plus tout à fait comme avant. Un coin a été enfoncé. Le régime a montré au grand jour ses profondes fractures au sommet de l’Etat. En plongeant dans la mêlée pour secourir Ahmadinejad, le guide suprême l’ayatollah Ali Khameneï se retrouve fragilisé.

A court terme, le scénario le plus probable est celui d’un durcissement suivi d’une bunkérisation du pouvoir. Pour mâter les ultimes vélléités de changement, l’appareil sécuritaire – Gardiens de la révolution, bassidjs, police etc…- va poursuivre les arrestations d’agitateurs.

Le régime s’étant fissuré, ses piliers, dans le même temps, devraient décider d’une trève pour mettre entre parenthèses leurs querelles, aussi bien personnelles qu’idéologiques. On pense bien sûr à Ali Akbar Rafsandjani, l’une des personnes les plus influentes en Iran, qui aurait bien voulu profiter de la crise pour affaiblir durablement Ali Khameneï, dont il brigue la succession.

On pense également à Mir Hossein Moussavi, le candidat malheureux, qui cherchera certainement à négocier une place au gouvernement pour certains de ses partisans. Mais le camp Ahmadinelad consentira-t-il à accéder aux demandes des « vaincus ».

Ce prochain gouvernement sera investi fin juillet début aout par le Parlement. Une guérilla des députés n’est alors pas à exclure. S’ensuivra une sorte de trève imposée par l’été et le ramadan.

Mais dès la rentrée, la situation pourrait de nouveau se tendre à Téhéran. Après le discours de Barack Obama devant l’Assemblée générale des Nations unies fin septembre, le monde entrera dans un dangereux compte-à-rebours.

Déjà, Israël cherche à profiter de « l’escroquerie électorale » iranienne pour que ses alliés occidentaux renforcent leurs pressions contre le régime de Téhéran, accusé de vouloir se doter de l'arme atomique à des fins militaires. 

Peut-on imaginer un début de négociations sérieuses entre l'Iran et l’administration Obama à l’automne ? Si rien n’est jamais exclu, pareille hypothèse paraît aujourd’hui peu réaliste. Dans ces conditions, la fenêtre d’opportunité pourrait se refermer d’ici la fin de l’année, date-butoir que s’est fixée Obama pour juger du « sérieux » de Téhéran pour répondre ou non à sa main tendue.

Après les émeutes que vient de vivre Téhéran, les conséquences de frappes occidentales contre les installations nucléaires iraniennes ont changé. Certes, dans un premier temps, une bonne partie de la population, sévèrement contrôlée alors par les Gardiens de la révolution, resterait solidaire d’un pouvoir attaqué. Mais il n’est pas sûr que ce lien, même alimenté par un nationalisme de ressentiment contre "l'ennemi agresseur", tienne bien longtemps.

Les Iraniens ont vu en Moussavi une carte pour le changement. Cette carte, pour l’instant, n’a pas été payante. Mais leur colère est loin d’être apaisée. Demain, ils pourraient saisir l’opportunité d’une action militaire contre un régime, qui risque d’ici-là de s’enfoncer dans l’autisme, pour redescendre dans la rue.

17.06.2009

Iran : la Russie et la Chine soutiennent Ahmadinejad

La prudence du président américain provoque un débat aux Etats-Unis Nicolas Sarkozy dénonce " l'ampleur de la fraude " électorale





 

Fortement contesté dans la rue depuis la tenue de l'élection présidentielle du 12 juin, qui vaut à Téhéran des accusations de fraude mettant en jeu la légitimité même du régime, Mahmoud Ahmadinejad compte ses soutiens à l'extérieur comme à l'intérieur du pays.

A l'étranger, les réactions aux troubles politiques en Iran sont très contrastées. Elles reflètent un découpage que le président iranien s'était lui-même attaché à conforter ces quatre dernières années, en nouant pour l'Iran des alliances et des rapprochements économico-politiques avec des pays contestant un ordre mondial dominé par l'Occident et les valeurs qu'il professe.

Alors que, face à la montée des protestations intérieures en Iran, les pays occidentaux ont mis l'accent, ces derniers jours, à des degrés divers, sur l'idée d'une manipulation électorale d'ampleur en Iran, M. Ahmadinejad a recherché et obtenu l'appui de Moscou et de Pékin à sa réélection. Mardi 16 juin, alors que son pays continuait de traverser une secousse politique inédite depuis la révolution de 1979, le président iranien s'est rendu en Russie.

Pendant que dans son pays les manifestations et des scènes de violence se poursuivaient, Mahmoud Ahmadinejad a choisi d'assister à Ekaterinbourg, dans l'Oural, au sommet de l'Organisation de la coopération de Shanghaï (OCS), qui regroupe la Russie, la Chine, et quatre Républiques d'Asie centrale.

" L'ère des empires est terminée et elle ne reviendra pas ", a-t-il déclaré à la tribune du sommet, auquel assistaient les présidents russe et chinois, Dmitri Medvedev et Hu Jintao. Les chefs d'Etat de l'OCS ont adressé leurs félicitations au président iranien pour sa réélection, a annoncé mardi une porte-parole du Kremlin.

La Russie avait auparavant, par la voie de son ministère des affaires étrangères, commenté que " l'élection iranienne est une affaire intérieure ", et qu'elle se " félicitait d'accueillir le président iranien sur le sol russe " pour " son premier déplacement à l'étranger " depuis le scrutin.

En Occident, les réactions aux événements en Iran semblaient osciller entre l'espoir d'une chamboulement politique historique dans ce pays qui est au coeur des tensions au Moyen-Orient notamment en raison de son programme nucléaire, et le souci de ne pas saborder, en invoquant trop ouvertement la notion de " changement de régime ", la suite des ouvertures diplomatiques faites à Téhéran ces derniers mois, précisément pour tenter de remédier au contentieux nucléaire.

C'est ainsi que le président américain, Barack Obama, a soigneusement dosé ses propos, critiquant la tournure de la répression en Iran mais évitant de contester ouvertement la légitimité d'un dirigeant iranien avec lequel son administration pourrait avoir à mener de délicats pourparlers, secrets ou ouverts, dans les mois qui viennent. La Maison Blanche avait laissé, auparavant, le vice-président américain, Joseph Biden, prononcer des paroles beaucoup plus dures sur la nature du régime à Téhéran.

En Europe, les commentaires les plus cinglants contre le président iranien sont venus de Nicolas Sarkozy. En déplacement au Gabon, le président français a semblé définitivement couper les ponts avec M. Ahmadinejad, dont les propos sur la Shoah et la raideur sur le dossier nucléaire sont au coeur d'une relation bilatérale avec la France sensiblement dégradée. " L'ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction " des autorités iraniennes, a déclaré M. Sarkozy. " Ces élections sont une nouvelle exécrable, a-t-il poursuivi, le peuple iranien mérite autre chose ".

Le président français a ouvertement fait allusion à une possible transformation politique en Iran. " C'est un drame mais ce n'est pas que négatif d'avoir un vrai mouvement d'opinion qui essaye de se décadenasser ", a-t-il dit. La France a été en pointe, depuis 2007, pour plaider en Europe en faveur d'une politique de sanctions internationales accrues contre l'Iran.

A Paris comme dans d'autres capitales occidentales, le constat a été fait, ces derniers mois, que la nouvelle volonté de dialogue manifestée par les Etats-Unis rencontrait pour l'heure peu d'échos au sein du régime iranien. Celui-ci, constatait récemment un diplomate européen, " se sent en position de force au Moyen-Orient et juge qu'il n'a rien à céder ".

La reconduction définitive de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l'Etat semble fermer la porte à ceux qui envisageaient, au lendemain d'une éventuelle victoire de son concurrent principal, Mir Hossein Moussavi, de se rendre à Téhéran pour tenter une ouverture diplomatique majeure.

C'était du moins, notamment, l'espoir du gouvernement italien. Rome s'est ainsi limité à critiquer, mardi, les " violences inacceptables " en Iran, sans faire référence aux soupçons de fraude électorale.

Le souci de préserver la possibilité d'un échange avec l'Iran même en cas de victoire avérée de M. Ahmadinejad s'est clairement manifesté, mardi, du côté britannique. Une inflexion notable, dans la mesure où le Royaume-Uni, avec la France, se positionne généralement sur une ligne " dure " à propos du dossier nucléaire. Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a ainsi souligné que " les élections sont du ressort du peuple iranien ". Il a semblé appeler les partenaires occidentaux à une certaine retenue dans leurs prises de positions.

" Le président Obama a choisi ses mots avec beaucoup de prudence ", a remarqué M. Brown. Dans un commentaire qui semblait faire référence aux soutiens trouvés par M. Ahmadinejad en Russie mardi, il a ajouté : " Ce n'est pas une compétition entre un pro-Occident et un anti-Occident en Iran, c'est une compétition pour refléter la volonté du peuple iranien. "

Natalie Nougayrède

© Le Monde